Des clients de la Mission Old Brewery réalisent un court métrage avec leurs photos

Dans le documentaire «Ville de partage, portrait de ma liberté, reflet de mon âme», le groupe de sans-abri donne sa vision de la ville.
Photo: Ville de partage, portrait de ma liberté, reflet de mon âme Dans le documentaire «Ville de partage, portrait de ma liberté, reflet de mon âme», le groupe de sans-abri donne sa vision de la ville.

La ville, ils l’ont sous les yeux, sous les pieds, dans la peau. Ils l’ont parcourue de long en large, à toute heure du jour et de la nuit. Ils en connaissent, dans le détail, les bas-reliefs comme les bas-fonds. C’est cette perception de la ville qu’un groupe de sans-abri fréquentant la Mission Old Brewery a captée pour faire le film Ville de partage, portrait de ma liberté, reflet de mon âme, un court métrage de sept minutes monté à partir de photos qu’ils ont prises.

C’était le moment du lancement du petit film, mardi à la Mission Old Brewery. Et plusieurs de ceux qui y ont participé étaient fiers de faire un retour sur l’expérience.

Pour ce jeune homme, qui garde l’anonymat, il s’agissait du petit coup de pouce qui donne le courage de continuer. « C’est la chose la plus importante de cet atelier, dit-il, le coup de pouce, l’encouragement pour ne pas lâcher, pour découvrir nos capacités, pour nous sortir de notre situation. »

Pour un autre, la photographie relevait d’un désir enfoui jamais accompli.

« Ça ne fait pas très longtemps que je suis ici. C’est ma première expérience, disait-il. J’avais tendance à ne pas vouloir me relever. Je stagnais. Je dormais. Je ne me relevais pas. Je ne trouvais pas le courage. » Puis, le rendez-vous du mardi matin, pour l’atelier de photo, fait son effet. « Avoir quelque chose à faire le mardi matin », dit-il, lui a redonné le goût de retourner sur le marché du travail. Il s’est aussi acheté un appareil photo.

« Toute personne qui vit l’itinérance a besoin d’un pied à terre comme celui-là, dit un autre participant au film. Deux heures par semaine où tu n’es plus tout seul, tu es avec quelqu’un qui va t’écouter, avec un groupe qui va t’écouter. »

Pour le Dr Pierre Lauzon, médecin de l’hôpital Notre-Dame qui se spécialise en toxicomanie et en médecine urbaine, et qui a participé à l’étude précédant l’expérience, ce genre d’atelier se situe au-delà de ce que la médecine traditionnelle peut offrir.

Réveiller la créativité

« C’est évident que dans toutes les interventions que l’on fait, en médecine ou en psychiatrie, on arrive à une limite. Il y a des choses qu’on ne peut pas faire pour que quelqu’un retrouve une certaine estime de soi, une certaine place dans la communauté, qu’il trouve le pouvoir de prendre la parole. Parce qu’il y a une prise de parole citoyenne là-dedans. Quand on écoute bien les participants, on voit que ce que ça leur a apporté, c’est le réveil de leur créativité. Il y en a un qui a dit que le projet l’a réveillé. Parce qu’il y a des gens qui ne trouvent plus plaisir à faire quoi que ce soit », dit-il.

Yannick, tu m’as permis de faire quelque chose de différent, pour la première fois, dans ma vie

Pour un participant, ceux qu’on appelle les « itinérants » sont plutôt des nomades. Le projet permet de faire voir leur réalité, celle de « ceux qui n’ont pas de chance », alors qu’on a généralement accès à l’art de ceux qui ont réussi.

Le film a été réalisé grâce à l’intervention artistique de Yannick Guéguen, et de Mona Trudel et Sylvie Trudelle, de la Faculté des arts de l’UQAM, et les décisions concernant la facture du film, son orientation, ses textes et sa musique ont été prises en groupe. Un participant a créé la musique, en s’inspirant notamment de chansons que son grand-père lui chantait.

« Yannick, tu m’as permis de faire quelque chose de différent, pour la première fois, dans ma vie », a simplement expliqué un participant.

Le film compte des extraits du fameux poème Speak White, de Michèle Lalonde.

Ce projet est un volet de la recherche sur la contribution de l’art au rétablissement et à l’inclusion sociale de personnes marginalisées de l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM. Il a été développé dans quatre sites d’exploration des arts auprès de personnes marginalisées.

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