«La course des tuques»: rêver d’un nouveau classique

Trois ans après la sortie de «La guerre des tuques 3D» (2015), la boîte de production CarpeDiem Film & TV lance «La course des tuques». L’objectif avoué: poursuivre l’aventure, au-delà de l’écran.
Photo: Films Séville Trois ans après la sortie de «La guerre des tuques 3D» (2015), la boîte de production CarpeDiem Film & TV lance «La course des tuques». L’objectif avoué: poursuivre l’aventure, au-delà de l’écran.

Après avoir fait la guerre, à coups de boules de neige, la jeune bande portée à l’écran par André Melançon se lance dans la course en luge. Le classique québécois La guerre des tuques (1984) a désormais sa suite, pas juste un remake en dessin animé. Mêmes décors, même gang — « mêmes manteaux », précise le réalisateur Benoît Godbout — : La course des tuques reprend là où la bataille s’était arrêtée.

Trois ans après la sortie de La guerre des tuques 3D (2015), la même boîte de production, CarpeDiem Film & TV, lance ce nouveau film d’animation. L’objectif avoué : poursuivre l’aventure, au-delà de l’écran.

Quand Marie-Claude Beauchamp, productrice exécutive à CarpeDiem, a pris le relais de Rock Demers, le producteur de la guerre originelle, elle a reçu le mandat de faire durer le plaisir. « M. Demers m’a demandé de faire vivre le film 25 ans de plus. Mais je ne pouvais pas juste faire [le remake de 2015]. Ça prenait autre chose. »

Dès le départ, on pensait à une suite, et plus. De là vient la récente série télé Les mini-tuques, avec déjà à la barre Benoît Godbout. « Très tôt dans le processus, on a enclenché l’écriture [de La course des tuques]. Le premier film n’était pas terminé », soutient Marie-Claude Beauchamp.

Une fois lancée, la machine a avancé à tâtons, question de humer l’air du temps. On ne se réclame pas en héritage d’un patrimoine, aussi populaire soit-il, sans garanties. « On a testé [La guerre des tuques 3D] et on a constaté, avec les focus groups, que deux personnages se détachaient : François les Lunettes et Lucie. On s’est dit qu’on mettrait en avant-plan un des deux. [On a conclu] que François avait l’étoffe d’un héros. »

C’est ce petit bonhomme à la mine d’un savant ingénieux qui porte le nouveau film. Hélène Bourgeois-Leclerc lui prête sa voix, comme en 2015. Lui donnent la réplique une fois de plus les Mariloup Wolfe (Sophie) et Sophie Cadieux (Lucie), auxquelles s’ajoute notamment Mehdi Bousaidan, sous les traits du nouveau rival, Zac.

Le dessin animé n’est pas seul. Tuques, valises, boîtes à lunch, papeterie, jeux de société, balles de neige (en tissu), bidules et bébelles, mais aussi des livres, album illustré comme roman, sont mis en vente. À surveiller aussi : le site Web, l’expérience d’« immersion 5D »au Musée Grévin et l’incontournable trame sonore.

Pour Marie-Claude Beauchamp, le support musical est indispensable. Pour la « couche de couleur » qu’il apporte et parce que les chansons restent « plus longtemps que les images ». La course des tuques, rappelle-t-elle, doit s’inscrire dans la longue durée. Offerte en CD, la compilation de neuf chansons permet aux enfants, au même titre que les jouets et autres produits, de s’approprier le film.

« On parle plus de vivre une expérience que de visionner un film », confie la productrice. Encore faut-il la vendre, cette expérience, alors que la concurrence est plus forte que jamais. Mais Marie-Claude Beauchamp a bon espoir que la suite égalera le succès de La guerre des tuques 3D.

La barre est haute : le remake a trôné en haut du box-office québécois en 2015, avec des recettes de 3,5 millions, bon pour la 3e place des films des trois dernières années, selon les chiffres de CarpeDiem. Le film de Jean-François Pouliot avait obtenu le Billet d’or québécois et la Bobine d’or canadienne.

Pousser le plus loin possible

Benoît Godbout connaît trop bien le défi qu’on lui a donné pour son baptême dans le long métrage. Mais il est heureux, lui qui se considère comme « en plein de la génération Guerre des tuques ». Le personnage de François les Lunettes, « un patenteux typiquement québécois », lui a permis d’apporter sa propre touche.

« Il y a des séquences où l’on rentre dans son imaginaire, dans son cerveau », fait noter celui qui voit le personnage central comme un alter ego. À l’instar de François, qui rêve en grand, Benoît Godbout s’est dit qu’il ferait le « plus beau film ». « J’avais l’intention de le pousser le plus loin possible, comme François pousse le plus loin possible ses créations », dit-il.

Ne craint-il pas d’échapper son film, sous la tonne de produits dérivés ? « Il ne m’échappe pas, ça me fait plaisir de le voir rentrer dans les crevasses, partout. J’espère que les gens iront le voir, évidemment, et qu’il deviendra un nouveau classique. »

La maison de production n’a pas lésiné sur les moyens. Le budget de 11,5 millions n’accote pas ceux de Dreamworks, dix fois plus élevés, affirme toutefois Marie-Claude Beauchamp. Reste que le support musical impressionne : Dumas, Alex Nevsky, Garou, Corneille, Alexe ont été impliqués comme auteurs, compositeurs ou interprètes.

Idem du côté des visées internationales : Cindy Lauper et Simple Plan sont de la trame sonore en anglais, en plus de la chanson de U2 Beautiful Day. « Ça nous a pris un an à négocier, mais on a obtenu le droit de la faire interpréter, de la réarranger. Bono [le leader de U2] l’a approuvée lui-même », confie Marie-Claude Beauchamp. Elle n’a pas révélé le coût de la négociation, mais assure que le budget global lié à la musique est raisonnable. « Autour de 200 000 $ », dit-elle.

Si la guerre est terminée, la course, elle, ne fait que commencer.