«Overlord»: nazis, zombies et autres extravagances

Les rares survivants d’un avion de l’armée américaine gardent le cap sur leur mission, celle de détruire un poste de communication allemand situé dans la tour d’une église d’un village de Normandie.
Photo: Paramount Pictures Les rares survivants d’un avion de l’armée américaine gardent le cap sur leur mission, celle de détruire un poste de communication allemand situé dans la tour d’une église d’un village de Normandie.

Overlord, c’est d’abord le nom de code de l’opération qui allait changer le cours de la Deuxième Guerre mondiale : le débarquement de Normandie, le 6 juin 1944. Overlord, c’est maintenant une autre extravagance (somme toute modeste) du producteur et réalisateur J.J. Abrams (Lost, Super 8), une idée pas très nouvelle mêlant nazis, zombies, libérateurs américains et savants fous dans des laboratoires qui auraient fait saliver le Dr Frankenstein.

Les scénaristes Billy Ray (Captain Phillips) et Mark L. Smith (The Revenant) ont reçu une commande précise, celle d’amalgamer les procédés de la série B avec les moyens d’un grand studio tout en s’accordant des libertés avec l’Histoire, même si les horribles expérimentations dans les camps de la mort ne relèvent pas de la science-fiction. Dans ce contexte, le réalisateur Julius Avery (Son of a Gun) n’avait plus qu’à se prendre pour Tarantino afin de nous servir un Inglourious Basterds sans vedettes ni morceaux de bravoure.

Toutes ces limites, tous ces emprunts sont loin de faire d’Overlord une machine qui tourne à vide, plutôt un joli plaisir coupable plein de moments outranciers et de péripéties grotesques surgissant avec la régularité d’un métronome. Car on ne passe jamais plus de cinq minutes sans qu’un soldat pose le pied sur une mine, croise une créature hideuse ou reçoive une bonne claque sur la gueule.

Sous les tirs nourris, et assourdissants, de l’ennemi, les rares survivants d’un avion de l’armée américaine gardent le cap sur leur mission, celle de détruire un poste de communication allemand situé dans la tour d’une église d’un village de Normandie. Ce qu’ils vont y découvrir relève du cauchemar (et de tous ces films d’horreur tournés à la va-vite), un laboratoire où l’on concocte dans le plus grand secret un sérum ramenant des cadavres à la vie pour former une armée aussi éternelle que le sera le Troisième Reich.

Le jeune soldat Boyce (Jovan Adepo, d’une belle candeur) apparaît comme la conscience morale de ce bataillon dégarni, résistant aux pressions de son supérieur un peu timbré (Wyatt Russell, fils de Kurt, prêt à prendre la relève pour foutre des baffes). Il se plaît aussi à jouer au chevalier servant auprès d’une belle villageoise (Mathilde Ollivier) dont les talents vont de la maîtrise de l’anglais et de l’allemand au maniement des armes. Les voilà donc lancés au coeur d’un cauchemar saugrenu, sanguinolent, plein de belles invraisemblances (dont une place prépondérante accordée aux Afro-Américains dans l’armée), et de clins d’oeil sadiques au présent (quoi, des soldats yankees qui pratiquent la torture ?).

Julius Avery n’a pas été conscrit, lui, pour donner des leçons de morale ou éduquer les masses aux horreurs de la Deuxième Guerre mondiale — à ce chapitre, mieux vaut revoir Nuit et brouillard d’Alain Resnais. Overlord, mélange d’hémoglobine déversée à la tonne, de torture porn et de regards ahuris, sait combler les attentes, surtout les plus minimales. Ni production à grand déploiement ni série B fauchée grâce à ses effets spéciaux fort respectables, cette chronique d’un carnage annoncé ressemble moins à une opération militaire qu’à un feu d’artifice : il n’en reste pas grand-chose à la fin, si ce n’est quelques frissons, voire quelques fous rires involontaires.

Overlord

★★★

Drame d’horreur de Julius Avery. Avec Jovan Adepo, Wyatt Russell, Mathilde Ollivier, Pilou Asbaek. États-Unis, 2018, 110 min.