Cinéma - Mélo kung-fu

Star consacrée du cinéma populaire à Hong-Kong, fondateur d'un mouvement qu'on appelle là-bas «mo lei tau» (comédie sans queue ni tête), Stephen Chow (King of Comedy, God of Cookery) passe en Occident pour un bouffon sympathique, comparable au Jim Carrey des premiers temps ou encore aux frères Farrelly, toutes époques confondues. Shaolin Soccer, son cinquième long métrage à titre de réalisateur — et son 49e à titre d'acteur et kung-fu master — est sorti du circuit fant-asien grâce à la grande mansuétude de Harvey Weinstein, p.-d.g. de Miramax qui, fidèle à son sobriquet de Harvey Scissorhands, a fait raccourcir le film de vingt minutes avant d'en autoriser la circulation en Amérique du Nord.

Personnellement, je ne saurais m'en plaindre. L'intrigue de Shaolin Soccer s'avère terriblement mince et la mise en scène se consacre pesamment et exclusivement aux nombreuses séquences d'action. Si bien qu'on ne peut que conclure ceci: la première n'a rien perdu au change et, à notre tour, nous gagnons à voir recalibrés les débordements de la seconde.

Chow s'amuse ici à mélanger les éléments du mélo et les artifices du kung-fu, à travers les déboires d'un moine formé au temple de Shaolin (Chow), dont la discipline est rendue désuète depuis la mort du maître. Il se lie d'amitié avec une ancienne star du soccer (Ng Man Tat), qui voit dans cet art martial la possibilité de prendre sa revanche sur le terrain contre le vilain qui a causé sa chute. Ils formeront avec les anciens moines de Shaolin, qui ont perdu la forme mais pas la foi, une équipe prodigieuse qui, le championnat national venu, vaincra l'ennemi et son équipe, les Team Evils.

Comme dans les Kill Bill de Tarantino (lequel s'inspire entre autres des cinémas d'arts martiaux de Hong-Kong), faux frères et vieilles rancunes sont les principaux moteurs de cette comédie débridée, à peu près aussi substantielle, sur le plan de la recherche formelle, qu'une revue humoristique de fin d'année. Les ruptures de ton, les mélanges de genres (le mélo outré est introduit par une cuistot couverte d'acné), les décalages subits (la suite du Peer Gynt de Grieg sur un dialogue amoureux), les pirouettes dans le stade et le caractère outrageusement autodérisoire de la réalisation n'ont pas fini d'inspirer aux adeptes de ces cocktails les superlatifs les plus farfelus. Donnons-leur raison de reconnaître dans ce Full Monty cabotin et sporadiquement spirituel des facultés devenues rarissimes dans les productions équivalentes émanant d'Hollywood.