Cinéma - Une archi nullité d'un ennui profond

Sur l'échelle de l'ennui, «1» signifiant l'inexistence de cet irritant et «10» sa manifestation continuelle, Van Helsing m'inspire un généreux 15. Il faut dire qu'à côté de ce blockbuster abrutissant mis en scène par le papa de The Mummy, Stephen Sommers (qui signe également le scénario, si tant est qu'il y en ait un), X-Men fait l'effet d'une méditation poétique et Lara Croft d'un bréviaire tantrique.

Pas la moindre lueur d'intelligence, de raffinement ou d'élégance ne traverse ce jeu vidéo bruyant et débile dont le héros, Gabriel Van Helsing, est inspiré du personnage éponyme (exception faite du prénom) créé par Bram Stoker dans Dracula. «Inspiration» est cependant un bien grand mot: en effet, le Van Helsing de Stephen Sommers sait à peine parler, et sa genèse, vaguement esquissée entre deux séquences d'action, tient de la justification bien plus que de l'explication.

Le chasseur de monstres (Hugh Jackman, gaspillé), à la solde du Vatican sans qu'on comprenne vraiment pourquoi (l'anticatholicisme primaire de l'ensemble est d'ailleurs affligeant), est envoyé en Transylvanie pour stopper le comte Dracula (Richard Roxburgh) dans ses velléités expansionnistes. Accompagné de son bras droit (David Wenham), disciple besogneux chargé d'injecter un peu d'humour dans l'aventure (sans toutefois élever l'esprit d'un cran), Van Helsing unit sa force à celle d'Anna Valerius (Kate Beckinsale, ridicule, et c'est injuste), descendante de neuf générations d'opposants à Dracula, qui ne pourront entrer au paradis qu'une fois leur ennemi abattu.

Pour y parvenir, le duo intouchable mettra deux longues heures pendant lesquelles les spectateurs, censés tirer du sens du non-sens de l'affaire, regardent s'enchaîner des séquences d'action toutes plus ineptes les unes que les autres, superposées, qui plus est, à des décors au gothisme de pacotille dont il est impossible de départager ceux qui sont virtuels de ceux qui ne le sont pas — ce que Sommers concevra comme un compliment.

Au chapitre du pire, il ne faudrait surtout pas oublier la musique d'Alan Silvestri, chargée de tonifier le mou, d'homogénéiser la surface et d'assommer les consciences à grands coups de tonnerres wagnériens. L'effet juke-box est réussi: on n'entend plus rien. Et grâce à la mise en scène «cartoonesque» de Stephen Sommers, que j'imagine plus à l'aise avec une manette de console de jeux vidéo qu'avec une caméra, rien de neuf ou d'original ne nous est donné à voir, encore moins à ressentir, sinon l'ennui profond mentionné ci-dessus. Une vache saurait extraire plus de sens d'un train qui passe que moi de ce Van Helsing archi-nul.