«Casse-Noisette et les quatre royaumes»: Dorothy, Clara, même combat

Le film est un pur produit Disney du temps des Fêtes et n’a pas à en rougir, tant cette production en met plein la vue et recrée une fantasmagorie dans un cadre anglais d’inspiration Charles Dickens.
Photo: Walt Disney Pictures Canada Le film est un pur produit Disney du temps des Fêtes et n’a pas à en rougir, tant cette production en met plein la vue et recrée une fantasmagorie dans un cadre anglais d’inspiration Charles Dickens.

« I guess I’m not in London anymore », lance la petite Clara au milieu d’une forêt enchantée, et hostile, pastichant Dorothy, l’héroïne du célèbre The Wizard of Oz. D’ailleurs, l’ombre de cette enfant du Kansas perdue dans un autre monde plane sur cette somptueuse relecture du non moins célèbre ballet de Tchaïkovski, Casse-Noisette, pimentée d’un soupçon de macabre grâce à la nouvelle d’E.T.A. Hoffmann The Nutcracker and the Mouse King.

Il s’agit en fait d’un assemblage donnant l’illusion de la nouveauté, orchestré avec assurance par Lasse Hallström (The Cider House Rules), qui partage la barre avec Joe Johnston (pour cause de tournage supplémentaire). Hallström n’a rien perdu de son sentimentalisme, mais, plutôt que d’usiner des guimauveries (Dear John, Safe Haven), il se met au service d’un pur produit Disney du temps des Fêtes. Car The Nutcraker and the Four Realms est d’abord cela, et n’a pas à en rougir, tant cette production en met plein la vue et recrée une fantasmagorie dans un cadre anglais d’inspiration Charles Dickens, sans oublier les racines russes de cet univers. Car si tout démarre dans un Londres victorien et de carte postale hivernale, le palais somptueux où l’intrigue va se nouer évoque sans gêne la cathédrale Saint-Basile de la place Rouge à Moscou.

Entre les deux univers, tel un lien à la fois solide et ténu, Clara (Mackenzie Foy, semblable à une petite Emma Stone, avec la même candeur) pleure la mort de sa mère, tout comme le reste de sa famille, mais sa curiosité va la pousser à résoudre une énigme laissée en héritage par la défunte. Il s’agit d’une clé, ou plutôt d’un joli prétexte pour qu’elle puisse basculer dans un monde féerique peuplé, évidemment, de soldats de bois, de souris, de poupées russes, mais aussi de sorcières (Helen Mirren, un peu gaspillée). Seule Clara possède le pouvoir de ramener l’ordre dans cette vaste étendue où les habitants pourraient bien revenir à l’état de jouets inanimés, aidée dans cette quête par un capitaine vertueux (Jayden Fowora-Knight) et une princesse moins idiote qu’elle en a l’air (Keira Knightley, suave).

Ne craignez pas que le ballet soit perdu dans ce labyrinthe d’intrigues parfois ténébreuses, parfois tapageuses, et surtout dans cette débauche visuelle d’un éblouissement perpétuel. Qu’il s’agisse de souligner les origines chorégraphiques du film ou d’illustrer quelques enjeux dramatiques à une fillette jamais au bout de ses découvertes, la danse offre de petits moments de grâce dans un conte qui n’en manque pour ainsi dire jamais.

Ce bel amalgame de références et d’influences dont les subtilités échapperont avec raison aux enfants offrira un plaisir décuplé aux parents, même ceux réfractaires au ballet classique ou aux histoires de princesses soucieuses de leur apparence (la tâche de Knightley, remplie avec dévotion). Et il y a bien sûr ces petites souris, réhabilitées dans l’imaginaire hollywoodien depuis l’immense succès de Ratatouille, se faisant ici à la fois guerrières et besogneuses, mais à peine quelques petites taches au milieu de ces immensités d’une blancheur infinie. Dorothy se sentirait tout aussi loin du Kansas, mais pas moins frondeuse et ingénieuse que Clara au milieu de ce magnifique tourbillon.

Casse-Noisette et les quatre royaumes (V.F. de The Nutcracker and the Four Realms)

★★★★

Comédie fantaisiste de Lasse Hallström et Joe Johnston. Avec Mackenzie Foy, Keira Knightley, Helen Mirren, Jayden Fowora-Knight. États-Unis, 2018, 100 minutes.