À voir à la télévision le samedi 8 mai - À chacun sa vérité

Le sénateur Ransom Stoddard (James Stewart) n'est pas revenu dans le petit village de Shinbone uniquement pour rendre un dernier hommage à son vieil ami Tom Doniphon (John Wayne). Il a la naïveté de croire qu'il pourra enfin faire triompher la vérité car, bien des années auparavant, c'est Tom, et non lui, qui visa juste pour éliminer cette crapule de Liberty Valance (Lee Marvin).

Le directeur du journal local écoute attentivement le récit de Stoddard mais n'arrive pas à y croire, refusant de modifier d'un iota l'histoire officielle. Il lancera ainsi ce qui deviendra l'une des répliques les plus célèbres du cinéma américain — et l'une des plus emblématiques d'un pays qui n'en est pas à une contradiction près: «Quand les faits sont transformés en légende, publiez la légende!»

Dans L'homme qui a tué Liberty Valance (1961), le dernier film que John Ford va tourner avec John Wayne, son alter ego cinématographique, le réalisateur réussit à faire cohabiter cette légende et la vérité, montrant les diverses facettes d'une société éprise de justice mais qui n'aime pas perdre son temps pour l'appliquer... Dans ce magnifique western en noir et blanc, accentuant ainsi la nostalgie d'une époque à jamais révolue, Ford utilise, avec un talent redoutable et dénué (comme toujours) de prétentions, la bonté proverbiale de Stewart, le caractère implacable de Wayne et l'énergie dévastatrice de Marvin.

Liberty Valance démontre aussi à quel point le western n'a rien d'un genre mineur quand ceux qui le servent vont au-delà de ses aspects «touristiques» et spectaculaires. Ford prétendait être «un paysan qui fait des films de paysan», mais d'autres, comme François Truffaut, voyaient les choses différemment: «Un de ces artistes qui n'utilisent jamais le mot "art", de ces poètes qui ne parlent jamais de poésie.» Ses films ont toujours parlé pour lui.

L'homme qui a tué Liberty Valance

Historia, 22h
1 commentaire
  • Jean Maurice DEHOUSSE - Inscrit 16 mai 2004 19 h 37

    John Ford

    Article remarquable par la finesse et la concision de l'analyse.Pour vous remercier, permettez-moi de vous recommander de ne pas manquer le Mémoires,récemment publiées,de Maureen O'HARA.