«What They Had»: lâcher prise

Dans le rôle de la fille qui a toujours fait ce qu’on attendait d’elle, Hilary Swank est très juste, entre vulnérabilité et force tranquille.
Photo: Bleecker Street Dans le rôle de la fille qui a toujours fait ce qu’on attendait d’elle, Hilary Swank est très juste, entre vulnérabilité et force tranquille.

La maladie d’Alzheimer est doublement cruelle. D’une part, la personne qui en souffre voit lentement ses souvenirs, soit la somme de ses expériences et donc les fondements de ce qu’elle est, lui échapper inexorablement. D’autre part, les proches assistent, impuissants, à ce délitement qui les relègue au rang d’étrangers aux yeux de l’être cher atteint. What They Had, premier film d’Elizabeth Chomko, explore ce drame alors qu’une soeur et un frère se butent contre le déni de leur père quant à l’état de leur mère.

L’action démarre en Californie, où l’on rencontre Bridget qui fait son jogging matinal, l’air préoccupé. Et pour cause : son mariage va à vau-l’eau, sa fille Emma a été expulsée de son dortoir collégial et sa mère, Ruth, qui souffre de la maladie d’Alzheimer depuis six ans, vient de fuguer en pleine nuit.

Malgré cet épisode duquel Ruth s’est heureusement tirée indemne, Burt, le père de Bridget, insiste pour dire que tout va bien, au grand dam de Nick, aîné de Bridget, qui exhorte celle-ci de venir l’aider. Voilà donc Bridget et Emma qui débarquent à Chicago, « ville des vents » qui revêt en cette saison des atours de Noël tristounets.

Confinée en quelques lieux, soit un hôpital, une église, le bar de Nick et surtout le condo de Burt et Ruth, l’action semble trahir des origines scéniques alors qu’elle émane pourtant d’un scénario original d’Elizabeth Chomko qui, ceci expliquant peut-être cela, a débuté comme dramaturge.

Une chose est sûre, l’abondance de dialogues renforce cette impression de théâtralité. S’il s’agit souvent d’une nécessité à la scène, il en va autrement au cinéma, la grammaire visuelle permettant d’exprimer beaucoup, rendant dès lors certaines répliques inutiles, voire redondantes.

Film d’acteurs

À cet égard, ni la réalisation de Chomko ni la direction photo deRoberto Schaefer ne se signalent d’une quelconque manière. Pour le compte, What They Had s’avère d’abord et avant tout un « film d’acteurs ».

Dans le rôle de la fille qui a toujours fait ce qu’on attendait d’elle sans jamais, jusqu’ici, se questionner sur ses besoins et aspirations réels, Hilary Swank (Million Dollar Baby) est très juste, entre vulnérabilité et force tranquille. Michael Shannon, lui (Midnight Special), infuse de belles nuances au rôle du fils irascible, tandis que Robert Forster campe un père touchant dans son entêtement désespéré.

En mère dont la raison s’étiole et autour de qui tous gravitent, Blythe Danner (I’ll See You in my Dreams) émeut, mais sa partition reste curieusement périphérique. Il manque à l’ensemble ce point de vue, si brumeux soit-il à cause de la maladie.

Un peu comme si, et ce n’était là certainement pas le but, Ruth n’était déjà plus là.

What They Had

★★ 1/2

Drame d’Elizabeth Chomko. Avec Hilary Swank, Michael Shannon, Robert Forster, Tessa Farmiga, Blythe Danner. États-Unis, 2018, 98 minutes.