«Oscillations»: père manquant, fils marqués

Le quotidien morne de George Édouard est bousculé par l’arrivée de René, son frère, homme à l’équilibre psychologique instable dont il était sans nouvelles et pour qui il craignait le pire.
Photo: FunFilms Le quotidien morne de George Édouard est bousculé par l’arrivée de René, son frère, homme à l’équilibre psychologique instable dont il était sans nouvelles et pour qui il craignait le pire.

Il s’agit pour lui d’un engagement artistique : le cinéaste Ky Nam Le Duc prend acte de la diversité culturelle, la place au cœur de ses films, ses courts (Terre des hommes, Poudre), et maintenant son premier long métrage de fiction, Oscillations. Qu’il n’appartienne pas à la culture et à la diaspora haïtiennes relève de l’évidence, ce qui ne l’empêche pas d’explorer les tourments de deux frères bien ancrés dans la réalité montréalaise, mais loin d’être solides sur leurs jambes. Chacun à leur manière ils doivent composer avec de profondes blessures d’enfance, souffrant aussi d’une absence qui ressemble souvent à une ombre menaçante, un mystère que l’un veut élucider, et l’autre enfouir.

Georges Édouard (Ted Pluviose, d’une assurance tranquille), employé d’entretien à l’École polytechnique, semble même se couper du monde, circulant pendant la nuit dans des corridors sans fin et sans âme. Heureusement qu’il croise Audrey (Léane Labrèche-Dor, d’une belle sobriété), une doctorante en physique, elle aussi dans son propre corridor solitaire, deux esseulés dont on sent très bien la curiosité mutuelle et bien sûr l’attirance.

Le quotidien morne de George Édouard est bousculé par l’arrivée de René (Ricardo Lamour, le plus extraverti du trio), son frère, cet homme à l’équilibre psychologique instable dont il était sans nouvelles et pour qui il craignait le pire. Les retrouvailles n’ont rien de chaleureux, d’autant plus que René est convaincu que leur père vit toujours, volatilisé depuis plusieurs années alors qu’il passait son temps entre Montréal et Port-au-Prince. George Édouard a du mal à y croire, d’autant plus qu’il profite du fruit des assurances de ce paternel pour qui il n’a aucun respect, mais le doute s’installe. Avec l’aide d’Audrey, dont le soutien n’est pas désintéressé, il se lance à la chasse au fantôme.

Sur Oscillations plane une ambiance mélancolique, pour ne pas dire morose, accentuée par tous ces environnements dépeuplés — le campus ressemble à un désert de céramique, de verre et de béton. Dans ce cadre austère s’entremêlent différents discours, certains scientifiques, d’autres artistiques ou littéraires, tous cherchant à mettre en lumière la laborieuse quête de sens de trois personnages démunis. Car traverser les études supérieures en gardant toute sa tête ou déterrer de troublants secrets de famille constituent pour eux des défis similaires, qui les accablent, et dont ils ne semblent pas voir la fin.

La figure de George Édouard constitue le cœur et l’âme de ce film en demi-teintes, chargé de bonnes intentions, mais aussi de maladresses, dont cette propension à discourir de manière savante sur le sens de l’existence, autant de pauses narratives pas toujours convaincantes. Autrefois musicien — un rappel du passé parmi les plus émouvants qui émaillent le récit —, cet éclopé taciturne mène une enquête vite conclue qui débouche sur un autre moment chargé d’émotion où entre en scène, et trop brièvement, l’excellent Fayolle Jean.

Tous ces moments épars n’extirpent jamais Oscillations d’une ambiance lancinante qui stérilise l’émotion, nous insufflant une empathie limitée pour ces personnages opaques.

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Oscillations

★★ 1/2

Drame de Ky Nam Le Duc. Avec Ted Pluviose, Ricardo Lamour, Léane Labrèche-Dor, Fayolle Jean. Québec, 2017, 93 minutes.