Cuisine, cinéma et confidences à Baie-Saint-Paul

Le chef français Olivier Roellinger, invité d’honneur de l’événement qui se tiendra à Baie-Saint-Paul
Photo: Marcel Mochet Agence France-Presse Le chef français Olivier Roellinger, invité d’honneur de l’événement qui se tiendra à Baie-Saint-Paul

On est loin du Festival de Cannes ou de celui de Toronto. Ici, pas de paparazzis ni de tapis rouge où défilent des starlettes dans des robes à paillettes. Mais cela ne veut pas dire que le festival Cuisine, cinéma et confidences ne vaut pas le détour. C’est même tout le contraire, à en croire le chef français Olivier Roellinger : « Il y a tellement de festivals qui ronronnent. Ils ont certes plus de renommée, mais je trouve que ce festival est animé par quelque chose qui m’importe beaucoup et qui est une forme de sincérité avec notre époque. »

Cuisine, cinéma et confidences, dont la deuxième édition aura lieu du 2 au 4 novembre, est en effet un festival un peu à part. Déjà à cause de son emplacement, hors des grands centres urbains, dans la ville de Baie-Saint-Paul. Mais aussi dans sa volonté d’amorcer une discussion sur notre alimentation et les enjeux qui l’entourent.

« Les films et les documentaires ont ce pouvoir-là, assure Lucie Tremblay, cofondatrice de l’événement et productrice de documentaires. C’est un festival ancré dans une petite communauté. On se retrouve dans des univers qui permettent une proximité propice aux échanges et aux rencontres. »

Et qui de mieux pour lancer la discussion qu’Olivier Roellinger, invité d’honneur de l’événement. Chef autodidacte de renom, il a cumulé les reconnaissances pour sa cuisine inspirée de voyages et d’histoires de marins qui bercent sa région natale, la Bretagne. Il a même décroché les très convoitées trois étoiles du Michelin avant de décider de fermer son restaurant pour une vie plus en accord avec ses valeurs. Depuis, il voyage et se consacre à sa passion, les épices qu’il continue de préparer dans la demeure familiale de Cancale. Le magicien des épices, de Jean-Pierre Petit, qui sera présenté le 3 novembre, retrace le parcours de ce chef hors du commun dont l’engagement est sans compromis.

« On ne se rend pas compte que l’alimentation est au coeur d’enjeux socio-économiques, environnementaux, culturels et de santé majeurs, assure le chef, joint par téléphone. Le cuisinier, quand il a un peu de renommée, doit l’utiliser pour sonner le tocsin par rapport à ces problèmes d’alimentation. La gastronomie, ce n’est pas seulement dans les maisons étoilées, mais c’est avant tout dans le cabas de ceux qui vont nourrir leurs enfants. » Le chef sera présent pour la Confidence qui suivra la projection du documentaire.

Enjeux alimentaires

Plusieurs enjeux d’actualité seront également abordés durant le festival. Parmi les 13 films et documentaires de la programmation, mentionnons le très bon Modified, d’Aude Giroux, qui voulait faire un film sur l’alimentation, mais s’est retrouvée à traiter de démocratie en parlant des organismes génétiquement modifiés. Ces derniers sont obligatoirement étiquetés dans 64 pays, mais en Amérique du Nord, rien n’est fait, malgré la pression croissante des consommateurs. Un panel de discussion suivra cette projection.

Autre documentaire engagé à signaler : Les dépossédés, de Mathieu Roy, aborde la dure réalité des petits agriculteurs dans un monde où la production industrielle a la main mise sur nos systèmes alimentaires. Les auteurs Robert Brouillette et Benoît Aquin seront présents aux côtés de la productrice de lait Amélie Tremblay.

« J’ai eu un coup de coeur pour cette femme, concède Lucie Tremblay. Elle a un petit élevage d’une quarantaine de vaches. Sa ferme a été reconnue comme l’une des meilleures au Canada, car ses animaux sont entretenus dans des conditions idéales. Malgré cela, elle ne sait pas si elle pourra maintenir sa ferme en activité, car les conditions sont très difficiles pour les producteurs. Et ça ne s’arrange pas avec ce qui se passe avec le lait américain. »

En donnant une place aux acteurs de la région, l’événement veut pousser son engagement au-delà de la pellicule. « Évidemment, on aurait pu faire ça à Québec ou à Montréal, mais, pour moi, l’essence était de se retrouver au coeur de la production, plus proche des produits », précise Jean Soulard, pour qui Baie-Saint-Paul était une évidence.

« Quand vous habitez un lieu extraordinaire comme ici, vous savez que vous devez le protéger et accompagner tous les producteurs de la région », confie le chef, qui habite une partie de l’année dans la petite ville. Dans les années 1990, à ses débuts au Château Frontenac, il a été dans les premiers à croire au potentiel des produits d’ici. « Deux décennies plus tard, un pas de géant a été fait », constate celui qui a bâti tout au long de sa carrière des liens très forts avec les producteurs de Charlevoix, dont 90 % de ses produits provenaient. « À la longue, ce sont devenus des amis. Ces gens-là ont besoin d’être encouragés. Ils font un travail de moine pour un salaire de misère. »

Ainsi, le volet gastronomique du festival fera la part belle aux produits et aux chefs de la région. Deux soirées sont au menu. Le vendredi se tiendra le cocktail inaugural, mettant en valeur les produits de Charlevoix dans un repas à quatre mains aux saveurs mexicaines, exécuté par Alexis Jeou, du Saint Germain, et Thierry Ferré, du restaurant Mouton Noir. Le film Como Agua para Chocolate, d’Alfonso Arau, sera présenté pendant la soirée.

Le samedi seront présentés quatre ateliers culinaires, donnés par les chefs invités David Forbes, Marie-Chantale Lepage, Arnaud Marchand et Nancy Samson, chocolatière. Ces chefs prépareront ensuite le repas de la soirée de gala, présidé par Olivier Roellinger, sur le thème des épices et du chocolat.

De Babe à Kafka

Le festival se veut donc un lieu de rencontre et de discussion pour les artisans de l’alimentation et ceux du cinéma, mais il veut aussi inclure les habitants de la région. Le festival propose donc aussi des films destinés à un public plus jeune avec le film Babe, de Chris Noonan, et le classique L’aile ou la cuisse, de Claude Zidi.

Cette année, un volet littéraire a également été ajouté, avec une pièce de théâtre inspirée du livre de Mark Crick, La soupe de Kafka (Flammarion, 2007). Mise en scène par Lou Arteau, interprétée par Christian Bégin (porte-parole du festival), Patrice Coquereau, Denis Harvey et Fannie Dubeau, cette pièce sera accompagnée d’un brunch mitonné par le chef Thierry Ferré et les chefs des Faux Bergers. « Au mois de novembre, il n’y a que de la chnoute qui tombe dehors, note Jean Soulard. Alors, la seule chose à faire, c’est de manger et d’aller au cinéma. »

Festival Cuisine, Cinéma et Confidences à Baie-Saint-Paul du 2 au 4 novembre

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