Les aléas de la saga «Halloween»

Laurie se débarrasse trop vite de son couteau dans le film original. 
Photo: Compass International et Universal Pictures Laurie se débarrasse trop vite de son couteau dans le film original. 

L’action se déroule le jour de la fête d’Halloween, à Haddonfield, en Illinois. Échappé d’un hôpital psychiatrique, le tueur psychopathe Michael Myers revient dans son patelin où, quinze ans plus tôt, il a assassiné sa sœur adolescente alors qu’il n’était qu’un gamin. Repérant une autre jeune fille, Laurie Strode, une étudiante timide, il la suit à l’école et la surveille de loin en loin jusqu’à ce que, le soir venu… Alors que le charnière Halloween, de John Carpenter, célèbre ses 40 ans et que paraît un nouvel opus, retour sur une série comptant désormais pas moins de onze films.

Sorti le 26 octobre 1978, Halloween met en vedette Jamie Lee Curtis dans le rôle de Laurie Strode, qu’elle reprendra quatre fois, et Donald Pleasence dans celui du docteur Loomis, ennemi juré de Michael Myers. Lequel attaquera Laurie dans la maison où elle garde cette nuit-là un petit garçon, non sans avoir auparavant fait d’autres victimes, dont les copines Annie et Lynda.

Truculentes, ces partitions féminines offrent à dessein un contraste avec la nature réservée et studieuse de Laurie, qui s’impose en héroïne inattendue. Le réalisateur John Carpenter attribue à sa coscénariste et productrice Debra Hill la force de ces personnages féminins.

Silhouette mutique

Avec ses accents de légende urbaine, leur récit a l’heur de susciter un effroi viscéral, entre autres facteurs expliquant l’engouement que suscite le film, l’une des productions indépendantes les plus rentables des annales du cinéma.

Toutefois, sans doute l’idée la plus brillante est celle de faire de Michael une silhouette mutique au visage recouvert d’un masque blanchâtre à l’expression neutre : un canevas propice à maints cauchemars (et qui inspira de toute évidence le personnage de Jason Voorhees dans une saga horrifique concurrente).

Soigneusement conçue, contraintes financières obligent, la mise en scène de John Carpenter se révèle particulièrement habile à générer une appréhension sourde, en plus de compter quantité de plans et séquences devenus classiques.

Sans oublier la musique électronique mémorable que Carpenter compose lui-même, et dont les notes minimalistes font encore frémir.

De gore et de druides

Paru en 1981, Halloween II reprend l’action là où le premier film a laissé, c’est-à-dire la même nuit d’Halloween (illusion trahie par la perruque très apparente de Jamie Lee Curtis). Or, nombre de slashers (films avec maniaques et meurtres sanguinolents) ayant vu le jour dans l’intervalle, la « sobriété homicide » de l’original est remplacée par des effets gore alors que Michael pourchasse Laurie dans l’hôpital où on vient de la transporter.

Réalisé par Rick Rosenthal avec un apport officieux de John Carpenter, qui coscénarise et coproduit avec Debra Hill, cette première suite adéquate introduit la révélation que Laurie est en réalité la sœur cadette de Michael.

Récit autonome écrit et réalisé par Tommy Lee Wallace, directeur artistique d’Halloween et ami du couple Carpenter-Hill, qui coproduit de nouveau, Halloween III. Le sang du sorcier (Halloween III : Season of the Witch) déconcerte en 1982.

S’inspirant autant de L’invasion des profanateurs (Invasion of the Body Snatchers) que de la mythologie celtique, avec signaux télévisés subliminaux et masques d’Halloween meurtriers, le film est un échec alors, mais a depuis atteint un statut culte.

La fille de l’autre

En dormance pendant six ans, la série reprend — sans Carpenter ni Hill — en 1988 avec Halloween 4 (Halloween 4 : The Return of Michael Myers). Après avoir entendu que Laurie, morte dans un accident, a eu une fille, Jamie, Michael sort du coma dans lequel il est plongé depuis que Loomis l’a immolé à la fin d’Halloween II (!). Utilitaire, le film remporte un succès modeste.

Rebelote l’année suivante avec Halloween 5, et encore la petite Jamie aux prises avec le vilain tonton Michael avec qui, apprend-on, elle partage un lien télépathique. Échec cuisant.

S’ensuit une autre période de six ans d’inactivité avant qu’Halloween : la malédiction de Michael Myers (Halloween : The Curse of Michael Myers) s’essaie à davantage de révélations familiales avec un peu plus de délire druidique pour faire bonne mesure. On a beau retirer le chiffre « 6 » de la promo officielle dans l’espoir de minimiser l’idée d’essoufflement, le fond est atteint.

Fi des suites

En 1998, pour le vingtième anniversaire, l’inspiration rejaillit, momentanément, le temps d’Halloween H20, réalisé par le routier du genre Steve Miner. Instigué par le scénariste de Frissons (Scream), Kevin Williamson, adepte de l’horreur postmoderne référencée, et quoique considérablement retravaillé, le récit fait fi de toutes les suites, hormis Halloween II.

Laurie Straude, qui vit sous une nouvelle identité, est la directrice d’un collège privé où la retrouvera son damné frère à l’occasion d’un (si seulement) dernier affrontement. Concis, efficace, peuplé de personnages savoureux et ponctué de touches d’humour comme le premier film, H20 donne en outre à voir une excellente composition de Jamie Lee Curtis en survivante hantée mais déterminée.

Hélas, Halloween : la résurrection (Halloween : Resurrection) gâche tout en 2002, avec son pastiche raté de téléréalité et une apparition ultime frustrante de Laurie Strode.

On juge dès lors la série morte et enterrée, mais c’est sans compter l’increvable Michael Myers, que le musicien et réalisateur Rob Zombie ressuscite dans un remake puis une suite aux velléités surréalistes. Ces deux coups d’essai ont pour eux un certain panache glauque, et c’est tout.

À la lumière de cette longue et inégale filmographie, il est donc entendu que, pour le énième retour de Michael Myers, on espère le meilleur, tout en craignant le pire.

Critique de «Halloween»

Halloween
★★ 1/2
Horreur de David Gordon Green.
Avec Jamie Lee Curtis, Judy Greer,
Andi Matichak, Nick Castle. ÉtatsUnis,
2018, 105 minutes.


Après H20 qui faisait table rase des événements développés après Halloween II, ce Halloween-ci efface tout et propose une trame narrative découlant du seul film original. Convaincue que Michael Myers la relancera tôt ou tard, Laurie Strode, qui lui a échappé il y a 40 ans, vit dans une maison-bunker au fond des bois et se prépare depuis à l’inévitable face à face. Obsédée, elle s’est aliénée sa fille, quoiqu’elle ait la sympathie de sa petite-fille adolescente. Lors d’un transfert, Michael s’échappe, et plutôt que d’ordonner un couvre-feu, les autorités d’Hadonfield tentent en vain de le retrouver, flanquées de son médecin le docteur Sartain (dont les maints regards inquiétants divulguent grossièrement les intentions réelles). Malgré des situations au riche potentiel de tension, le réalisateur David Gordon Green faillit souvent à générer du suspense autrement qu’au moyen d’effets de surprise. Une trouvaille ingénieuse, la scène de la lumière à détecteur de mouvement, est piètrement exécutée, à titre d’exemple. Ironiquement, les touches de mise en scène les plus réussies consistent souvent en des clins d’œil (nombreux) à l’œuvre originelle. À cet égard, si elle déploie des efforts évidents pour raccorder les deux films visuellement, la production aurait été avisée de s’inspirer de l’économie technique et narrative, redoutable, de celui de Carpenter. Lente à démarrer, cette resucée aux allures d’infopub pour la NRA s’anime frénétiquement l’espace de meurtres sanglants avant de replonger dans l’inertie jusqu’à un affrontement final qui ne satisfait qu’à moitié. Au moins, investie comme à son habitude, Jamie Lee Curtis brille-t-elle, et le thème musical emblématique de John Carpenter résonne- t-il avec la même puissance qu’autrefois.

Halloween

Horreur de David Gordon Green. Avec Jamie Lee Curtis, Judy Greer, Andi Matichak, Nick Castle. États-Unis, 2018, 105 minutes.