«Galveston»: un condamné à mort s’est égaré

Lili Reinhart et Elle Fanning dans une scène de «Galveston»
Photo: Métropole Films Distributions Lili Reinhart et Elle Fanning dans une scène de «Galveston»

Tout semble réussir à Mélanie Laurent, celle qui mène de front deux carrières sans donner l’impression d’être à bout de souffle alors que ses personnages s’engagent dans des courses effrénées, surtout ceux de la cinéaste (Respire, Plonger). Quant à l’actrice, qui semble avoir l’embarras du choix (de Tarantino à Denis Villeneuve, en passant par Philippe Lioret), sa grâce fait souvent merveille, même si elle ne semble pas une adepte des rôles de composition.

L’aventure américaine apparaissait incontournable, et s’amorce dans un univers qu’elle explore parfois en touriste. Galveston la plonge, et nous avec elle, dans l’Amérique des petits criminels sans envergure, des jeunes femmes paumées sans diplôme et sans avenir, tous échouant à un moment ou à un autre dans une chambre lugubre et exiguë, parfois pour ne plus jamais en sortir.

En quelques minutes, on comprend que Roy (Ben Foster, d’une présence incandescente) semble condamné, du moins par la médecine, mais ne veut rien entendre ; ses poumons sont mal en point, il refuse d’écouter les pronostics de son médecin et préfère griller une cigarette. Petit maillon d’une bande de crapules de La Nouvelle-Orléans, son patron (Beau Bridges) l’envoie en mission, ou plutôt dans un guet-apens, dont il sortira indemne, non sans avoir sauvé Raquel (Elle Fanning sur une note white trash), une prostituée retenue là contre son gré.

Ce duo dépareillé n’ayant plus rien à perdre, et surtout rien derrière lui, s’engage sur les routes du sud des États-Unis, Raquel forçant toutefois Roy à faire un détour sous un faux motif. En quelques instants, et après un percutant coup de revolver, une nouvelle passagère se joint à eux, la petite Tiffany, que Raquel présente comme sa sœur. Tous les trois échouent dans un motel de Galveston, au Texas, là où la propriétaire flaire vite leurs mensonges, et les voisins leur dynamique particulière, celle de deux éclopés sur le bord du précipice.

L’aspect thriller semble moins intéresser Mélanie Laurent que ce vagabondage sur des chemins infinis au volant de voitures déglinguées. Ces antihéros, chacun prisonnier d’un lourd passé, établissent des liens non sans s’écorcher au passage, une dynamique laborieuse que la cinéaste aime souvent décrire avec minutie. Quant au suspense entourant cette cavale d’abord imaginée par l’écrivain et scénariste Nic Pizzaloto (créateur de la série True Detective), dont on adapte ici le roman, ce n’est pas là où Laurent excelle malgré quelques moments de virtuosité technique, dont un étonnant plan-séquence de fuite au milieu d’une blanchisserie.

Galveston, lieu banal, point d’ancrage, foyer de souvenirs et d’une hypothétique renaissance d’une figure masculine de plus en plus émasculée, se voulait aussi le tremplin d’une cinéaste talentueuse, et ambitieuse, capable de jongler avec les liaisons dangereuses autant que les rapports ambigus. Le décor avait tout pour la séduire, mais ces paysages dénués, ces couchers de soleil, ces stationnements désertés et ces bars miteux ressemblent à autant de poncifs jamais réellement incarnés. La grande séduction américaine comporte aussi des risques.

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Galveston

★★ 1/2

Drame de mœurs de Mélanie Laurent. Avec Ben Foster, Elle Fanning, Lili Reinhart, Maria Valverde. États-Unis, 2018, 93 minutes.