«Volontaire»: elle décide

De bout en bout du film, Laure (Diane Rouxel) demeure maîtresse de son destin, de ses choix, et tient tête dans l’adversité chaque fois qu’on tente de la caser.
Photo: AZ Films De bout en bout du film, Laure (Diane Rouxel) demeure maîtresse de son destin, de ses choix, et tient tête dans l’adversité chaque fois qu’on tente de la caser.

Dans la vaste cuisine d’un appartement parisien, la tension autour de la table est palpable. Laure, 23 ans, vient d’annoncer qu’elle s’est enrôlée dans la marine. Bardée de diplômes et polyglotte, la frêle jeune femme en est à écouter les remontrances effarées de sa mère, actrice célèbre logeant à l’extrême gauche du spectre politique, lorsqu’on la rencontre. Rien n’y fait, et c’est à l’École navale de Brest que l’on retrouve Laure, qui, il s’avère, ne sait pas trop ce qu’elle est venue faire là, quoi qu’elle ait affirmé à sa famille. Dans les mois qui suivront, elle trouvera ses repères et, surtout, sa place.

Performances remarquables aidant, Laure (parfaite Diane Rouxel) est d’office désignée comme nouvelle assistante du directeur des études, le glacial commandant Rivière (impeccable Lambert Wilson). Lequel ne se liquéfiera pas tant au contact de Laure qu’il sera ébranlé par l’obstination butée de cette dernière à non seulement vouloir suivre une formation de combat contre les recommandations de la maison, mais surtout, à s’intéresser à lui de manière de plus en plus équivoque.

Coécrit et réalisé par Hélène Fillières, qui incarne aussi la commandante adjointe Weber avec des nuances subtilement révélatrices d’impassibilité, Volontaire donne à voir une héroïne correspondant en tout point — nom et adjectif — au titre.

C’est-à-dire que de bout en bout, Laure demeure maîtresse de son destin, de ses choix, et tient tête dans l’adversité chaque fois qu’on tente de la caser dans une perception d’elle-même à laquelle elle n’adhère pas.

Ainsi va-t-elle, dès le début, à l’encontre des exhortations de sa mère. Elle s’immisce ensuite dans une faille qui lui permet de suivre ladite formation de combat en dépit de ce que la marine préférerait la garder derrière un bureau (la norme avec les femmes, souligne-t-on au détour d’un briefing avec Weber).

Enfin, Laure persiste à étudier Rivière malgré la distance que maintient son supérieur alors que sa curiosité à son égard se meut en une sorte d’attirance sublimée.

Tact constant

Ce pas de deux sentimental aurait pu être mièvre ou pire, scabreux, Rivière étant en position d’autorité et ayant facilement l’âge du père de Laure, n’eût été le tact constant dont use Hélène Fillières dans son approche. Tout est tu, rien n’est consommé au gré d’un scénario volontairement stylisé doté de dialogues aux consonances littéraires en porte à faux avec une certaine image du militarisme frustre.

Des qualités d’écriture qui ne rendent pas moins visible la faiblesse de personnages secondaires importants souffrant de courbes dramatiques inabouties (l’Albertini d’Alex Descas, notamment). Le film cherche en outre son rythme au mitan.

Au rayon de la mise en scène, la réalisatrice adopte une sobriété en phase avec les émotions qui couvent, soignant la position de la protagoniste dans le cadre selon la teneur des situations. Il s’agit d’un travail « invisible » justement parce qu’il est bien exécuté.

Brest la maritime apparaît ici grise et froide. Même le soleil darde des rayons non pas dorés mais argentés. Facture sobre et élégante, sans fla-fla, pour ce récit d’apprentissage atypique et prenant.

Volontaire

★★★ 1/2

Étude de mœurs d’Hélène Fillières. Avec Diane Rouxel, Lambert Wilson, Corentin Fila, Josiane Balasko. France, 2018, 101 minutes.