«Colette»: portrait de l’artiste en jeune campagnarde

Missy et Colette, incarnées par Denise Gough et Keira Knightley
Photo: Entract Films Missy et Colette, incarnées par Denise Gough et Keira Knightley

Les romans et la vie de Colette ont inspiré une cinquantaine de films et séries, parmi lesquels Gigi (1958), de Vincente Minelli, avec Leslie Caron et Maurice Chevalier, Chéri (2009), de Stephen Frears, avec Michelle Pfeiffer et Rupert Friend, et Colette, une femme libre (2004), de Nadine Trintignant, avec Marie Trintignant et Wladimir Yordanoff.

Malgré leurs qualités et leur souci de fidélité à l’esprit de cette écrivaine éprise de liberté, aucun d’eux n’a surpassé en élégance, en vivacité et en sensualité l’oeuvre de Colette. Et le drame biographique que propose Wash Westmoreland (Toujours Alice) n’échappe pas à la règle.

Mariée depuis peu à l’écrivain Henry Gauthier-Villars, dit Willy (Dominic West), d’une quinzaine d’années son aîné, Sidonie-Gabrielle Colette (Keira Knightly) se voit contrainte par ce premier de devenir l’une de ses nombreux prête-plume. Plongeant dans ses souvenirs, la petite campagnarde aux longues nattes écrit alors le roman Claudine à l’école, lequel connaît immédiatement un grand succès. Tandis que toutes les jeunes filles se prennent pour Claudine, Colette voudrait bien sortir de l’ombre de Willy.

Avec sa jolie mais modeste reconstitution d’époque et sa mise en scène peu ambitieuse, Colette n’est pas le genre de film qui marque l’imaginaire du spectateur. En fait, Westmoreland semble plutôt vouloir prendre celui-ci par la main afin de lui offrir une vision bien sage d’une femme anticonformiste.

Véhiculant une image convenue des débuts littéraires de Colette sous le joug de Willy, qui cherchait ainsi à payer ses dettes et à entretenir ses maîtresses, le réalisateur rate une belle occasion de célébrer l’auteure du Blé en herbe. N’ayant peur de rien, surtout pas du scandale, Colette ne revendiquait pas seulement ses droits d’auteur, mais aussi le droit d’être une femme à part entière avec les mêmes avantages qu’un homme.

Certes, Wash Westmoreland et ses coscénaristes, Richard Glazer (Quinceanara de Westmoreland) et Rebecca Lankiewicz (Ida de Pawel Pawlikowski), ont bien fait leurs devoirs. Derrière la moue iconique et les yeux charbonneux de Keira Knightley, Colette apparaît bien comme une amoureuse de sa campagne natale, éprise des animaux et des fleurs.

Prisonnière d’un mari tyrannique, elle s’évade en goûtant aux amours saphiques que le metteur en scène illustre de façon pudique. Hormis quelques scènes où se font entendre les mots de Colette, il fera assez peu de cas de son processus de création et de sa démarche artistique.

Soucieux de respecter les éléments biographiques majeurs, Westmoreland y fait défiler Sido (Fiona Shaw), mère adorée et idéalisée de Colette, Polaire (Alysha Hart), ténébreuse interprète de Claudine à la scène, Wague (Dickie Beau), qui l’initia à la danse et à la pantomime, et, bien sûr, Missy (Denise Gough), sa maîtresse préférant les habits d’homme aux robes à frou-frou.

Anecdotique, propret, un chouïa sulfureux, ce biofilm se contente finalement de raconter les chicanes de ménage et les liaisons extraconjugales de Colette et de Willy dans le Paris mondain de la Belle Époque. La femme de lettres demeurant une fascinante figure littéraire, on se laisse toutefois séduire par la proposition avec la ferme intention de renouer avec sa gracieuse plume.

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Colette

★★★

Drame biographique de Wash Westmoreland. Avec Keira Knightley, Dominic West, Fiona Shaw, Dickie Beau, Eleanor Tomlinson, Alysha Hart et Denise Gough. Royaume-Uni– États-Unis, 2018, 111 minutes.