Place au 47e FNC

Marcello Fonte dans une scène du film «Dogman»
Photo: Festival du nouveau cinéma Marcello Fonte dans une scène du film «Dogman»

Mercredi soir démarre le 47e Festival du nouveau cinéma, sur ses rails à Montréal jusqu’au 14 octobre. Belle occasion de faire le plein de films québécois et internationaux, primeurs ou oeuvres déjà remarquées dans les grands rendez-vous de films, dont Cannes, Venise et Toronto.

C’est le cas de If Beale Street Could Talk de Barry Jenkins (le cinéaste afro-américain de Moonlight), film qui aura ému et émerveillé la faune festivalière du TIFF. Cette tragédie d’amour bouleversante d’amplitude et de poésie, adaptée du roman de James Baldwin (1974), campée dans le Harlem des années 1970, met en scène la découverte KiKi Layne, jeune femme enceinte de son ami d’enfance (Stephan James), emprisonné pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Vraiment, ces deux interprètes sont criants de naturel alors que la caméra et les cadrages d’élégance épousent leur quête amoureuse et familiale de justice, à travers des touches de rage, de lyrisme, d’érotisme et d’humour.

L’extraordinaire prestation de l’acteur italien aux allures de Buster Keaton, Marcello Fonte, dans Dogman, lui avait valu à Cannes le laurier d’interprétation masculine. Ce film de Matteo Garrone (Gomorra, Reality) recevait également la Dog Palm pour son époustouflante distribution canine. L’histoire de ce toiletteur pour chiens qui tombe dans le crime sous l’influence d’une brute ouvre sur un profil de perdant magnifique, tout en émotions contenues dans une banlieue minable de Naples. On sent flotter sur le film l’ombre du néo-réalisme italien : dérive avec chien comme dans Umberto D. de Vittorio De Sica. Accroché à un fait divers, Dogman devient une allégorie du paysage politique italien. Les scènes de toilettage pour chiens distillent un humour et un aspect documentaire à ce grand film d’humanité, dont la finale apparaît saisissante.

Prix du jury à Cannes, Capharnaüm de la Libanaise Nadine Labaki (Caramel) est un réquisitoire sur l’enfance volée. Cette oeuvre au départ très forte trimballe dans un décor de la zone à Beyrouth, entre souk et camp de réfugiés, un garçon de 12 ans tiré d’un milieu de misère, fort bien campé par Zein Al Rafeea. Le voici bientôt nounou d’un bébé joufflu, follement photogénique, toujours rieur et sapé comme une mini-star au milieu des pires épreuves. Le film de Labaki, souvent dense et douloureux, porté par sa caméra mobile, n’est pas exempt de maniérisme et sa dernière partie, de prêchi-prêcha.

Négligé à tort par le jury cannois, Le poirier sauvage du grand cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan est une oeuvre de haute maîtrise, mais qui se mérite. Le cinéaste palmé d’or en 2014 pour Winter Sleep plonge un héros prétentieux, écrivain en herbe, dans une petite ville champêtre de discussions viriles, entre chant du coq et bêlements de moutons : miroir des tiraillements de la Turquie. Ses longs plans-séquences, ses cadrages et sa lumière admirables, ses dialogues incessants, ses prouesses de mise en scène et le beau personnage du père instituteur, poète et joueur frénétique (Murat Cemcir) nous font oublier que le film dure plus de trois heures.

Grand absent de Cannes, l’Iranien Jafar Panahi (Le ballon blanc, Le cercle), cinéaste militant interdit par Téhéran de séjour à l’étranger, nous livrait Trois visages (Three Faces), primé pour son scénario. Sans se montrer aussi dynamique que Taxi Téhéran, filmé également sous le manteau et primé à Berlin, Trois visages, tourné dans un village de Turcs azéris, porte l’empreinte d’humour et de liberté du cinéaste, tout en épousant les parcours sinueux de son mentor défunt, le cinéaste Abbas Kiarostami.

Comme bien des films cette année, celui-ci aborde la condition féminine, avec le portrait de trois actrices de générations et de milieux divers, dont la plus âgée demeurera une silhouette invisible, effacée par le régime des Mollahs. Une vedette de la ville (Behnaz Jafari) part avec Panahi en quête d’une apprentie actrice, qui a fait parvenir à son idole une inquiétante vidéo afin de l’attirer chez elle.

Entre les beuglements des bovins, les mystérieux rituels des villageois et des coups de klaxon codifiés, c’est le pouvoir ou l’impuissance des femmes dans une société traditionaliste qui se dessine sur invitation à toutes les batailles. Ce film aux ressources et au style minimalistes, confiné dans une voiture en évoquant l’enfermement du cinéaste, lui fait pousser une fois de plus son immense et insolent cri de liberté.