«La révolution silencieuse»: jeunesse engagée

Campé en 1956, «La révolution silencieuse» rappelle une page d’histoire méconnue — et inspirante — de l’Allemagne.
Photo: Studiocanal GmbH Julia Terjung Campé en 1956, «La révolution silencieuse» rappelle une page d’histoire méconnue — et inspirante — de l’Allemagne.

Au cinéma, la mention « inspiré par des faits réels » continue de conférer une aura d’authenticité aux films qui s’en réclament, et cela, en dépit de ce que l’on est désormais plus conscients qu’autrefois de la valeur toute relative d’une telle étiquette. Campé en 1956, La révolution silencieuse possède, entre autres mérites, celui de rappeler une page d’histoire méconnue — et inspirante — de l’Allemagne. Le film a en revanche le défaut, souvent inhérent à ces entreprises dites factuelles, d’une mécanique narrative un peu trop manifestement arrangée avec le proverbial gars des vues.

Le titre renvoie à un épisode lors duquel les dix-neuf élèves d’une classe d’un lycée de Stalinstadt, une banlieue industrielle de Berlin-Est, observèrent une minute de silence en hommage aux victimes de l’insurrection de Budapest que venait de réprimer l’Union soviétique. Trahissant un esprit de contestation de leur âge, l’initiative agaça les autorités communistes, pour lesquelles toute dissidence, même minime, devait être matée.

Basé sur un ouvrage de Dietrich Garstka publié en 2006, La révolution silencieuse reconstitue la République démocratique allemande pré-mur de Berlin avec un souci du détail appréciable, quoique la facture soignée frôle parfois l’esthétisation. Le récit alterne les points de vue de Kurt, fils d’un cadre du parti, et de son meilleur ami, Théo, fils d’un ouvrier de la fonderie locale. Durant la seconde moitié, Érik, un camarade de classe réfractaire, jouera un rôle clé — et attendu — dans l’action.

Car, et c’est ici que le côté prévisible du scénario est le plus apparent, aussi bien interprétés soient-ils, les personnages demeurent unidimensionnels : le bon élève qui se rebiffe, le rebelle cynique qui développe une conscience, le traître annoncé… C’est encore plus frappant chez les parents et chez les « méchants », soit l’enquêteuse et le ministre de l’Éducation.

Fréquentés souvent, dans maints autres films, ces archétypes commandent certains développements qui, en retour, confinent l’intrigue à un terreau narratif convenu.

Épisode prenant

Or, un savoir-faire indéniable est à l’oeuvre, et le film ne manque ni de rythme ni de souffle. Qui plus est, les événements relatés, pour romancés qu’ils eussent été, restent prenants. On est happé presque malgré soi.

Surtout, on est frappé par l’ironie du sort que La révolution silencieuse met en lumière. À savoir que ces jeunes, pressés de se conformer tant par l’État que par leur famille (initialement), troquèrent leur insouciance pour une remise en question profonde du système en place.

Autrement dit, en accordant une telle importance à ce qui était à la base un geste de défiance un peu naïf, les autorités d’Allemagne de l’Est créèrent elles-mêmes ce qu’elles redoutaient par-dessus tout : des libres-penseurs.

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La révolution silencieuse (V.O. allemande S.-T.F.)

★★★

Drame historique de Lars Kraume. Avec Leonard Scheicher, Tom Gramenz, Anna Lena Klenke, Isaiah Michalski. Allemagne, 2018, 111 minutes.