«Première année»: la course du futur médecin

L’amitié entre les deux protagonistes s’offre en contrepoids à la bataille digne du sauve-qui-peut qui s’instaure dans la comédie dramatique «Première année».
Photo: Le Pacte L’amitié entre les deux protagonistes s’offre en contrepoids à la bataille digne du sauve-qui-peut qui s’instaure dans la comédie dramatique «Première année».

Les études en médecine sont exigeantes, c’est connu. Encore faut-il y être admis. Première année suit deux candidats pendant ces mois névralgiques consacrés à du par coeur, à des nuits blanches et à des examens (ou concours) hypersélectifs.

Le sujet méritait qu’on s’y attarde, tant le système décrit (celui en France) est violent, sans pitié pour les presque-admis. On n’imagine même pas ce qu’il advient des plus faibles. Dommage cependant que le traitement soit doucereux, comme si le réalisateur, Thomas Lilti, avait voulu atténuer son propos, notamment à travers des personnages trop beaux, trop gentils.

Après Hippocrate (2014) et Médecin de campagne (2016), Première année est la troisième fiction campée dans le milieu médical pour Lilti, lui-même toubib français. L’homme s’y connaît, est assurément habité par son sujet, et c’est à travers son oeil de connaisseur qu’on s’immisce dans les salles de cours.

Ça hurle, ça chahute, ça chante même avec le professeur des comptines salées. Ça se bouscule, y compris pour gagner les meilleures places. Les classes sont bondées, notamment en cette année pour laquelle on compte 20 % de plus d’inscriptions. La compétition se révèle féroce, dès les premières minutes.

Dans le tumulte, Benjamin (William Lebghil) et Antoine (Vincent Lacoste) se retrouvent voisins. Leurs personnalités et leurs situations universitaires les éloignent, mais ils deviendront amis, complices d’études, un peu rivaux aussi.

Première année aurait sans doute été plus percutant comme documentaire. On peut penser à ce qu’avait réussi Claire Simon avec Le concours (2016), où elle scrutait avec tact et force le processus de sélection de futurs étudiants en cinéma.

Lilti aurait été mal placé de reproduire le même scénario, reste que ses meilleures scènes tiennent du réel. Plans larges sur les périodes d’examens, où les jeunes s’entassent comme des ouvriers à l’usine. Témoignages individuels devant la caméra, livrés comme les résultats d’une enquête.

Le réalisateur a aussi le souci d’utiliser un vocabulaire juste et précis, tant en ce qui concerne la terminologie scientifique qu’en ce qui concerne le jargon universitaire. On en perd un peu notre latin, de ce côté-ci de l’Atlantique, mais le film gagne dans son réalisme toute sa crédibilité.

La trame n’est pas dénuée d’intérêt. L’amitié entre les deux protagonistes s’offre en contrepoids à la bataille digne du sauve-qui-peut qui s’instaure. Les retournements de situation sont cependant forcés, y compris la fin rose bonbon. Il y avait un humour qui couvait pourtant et qui finit par ne pas être exploité. L’attitude nonchalante de Benjamin, qu’incarne avec sa bouille de faux naïf William Lebghil (Le sens de la fête), appelait à la rébellion.

La seule critique d’un système qui favorise le génie plutôt que le passionné, la compétition plutôt que la compassion, survient à travers la dépression d’Antoine. Sauf qu’elle est à peine effleurée, comme bien d’autres choses dans cette fiction trop éparpillée.

Première année

★★ 1/2

Comédie dramatique de Thomas Lilti. Avec Vincent Lacoste, William Lebghil. France, 2018. 92 minutes.