«L'amour à la plage»: sous le soleil exactement

Le documentaire se déroule sous le soleil radieux de la Floride, et au milieu d'un décor kitsch.
Photo: EyeSteelFilm Le documentaire se déroule sous le soleil radieux de la Floride, et au milieu d'un décor kitsch.

Le phénomène des « snowbirds » n’a rien d’exotique, examiné depuis longtemps sous toutes ses coutures. En Floride, chaque année, c’est l’arrivée de ces milliers de Québécois se prenant pour des réfugiés climatiques tant est grande leur horreur de l’hiver.

Les protagonistes du long métrage documentaire L’amour à la plage se fondent à cette horde de vacanciers qui donnent au « Sunshine State » un accent francophone. Et ils ne sont jamais éloignés des courants sociaux qui frappent les gens du troisième âge, ainsi que les avancées médicales qui prolongent la vie, alimentant l’espoir de la voir se transformer sans cesse.

Les cinéastes Judith Plamondon et Lessandro Socrates ont rencontré deux hommes et deux femmes prêts à dire la vérité devant la caméra : à propos de la mort, un peu, mais beaucoup à propos de l’amour. Précisons que ce quatuor ne constitue pas deux couples légitimes, surtout unis par l’amitié, tandis que l’une évoque une liaison plus ou moins légitime, et reléguée au hors-champ.

Elle se nomme Mimi, une veuve pimpante, lucide et d’une sensibilité extrême, décrivant minutieusement sa passion avec un homme marié faisant l’aller-retour entre le Québec et la Floride pour vivre ses deux amours. Une situation déchirante qui est loin de soulever l’indignation de ses amis, soucieux de son bonheur, comme si les carcans sociaux ne tenaient plus, tous déterminés à les réinventer.

Ces bouleversements, sous un soleil radieux et au milieu d’un décor kitsch (cette Floride-là passe sous le pic des démolisseurs, l’heure étant aux immeubles d’habitation plutôt qu’aux motels d’un autre âge), ne se vivent pas sans difficulté, comme pour Jean, un homme à qui la solitude pèse. Or, de quoi se plaint-il aux bras de Gigi, femme rieuse et charmante que rien ne semble attrister ? Celle-ci revendique une indépendance incompatible avec son désir de vivre avec elle sous le même toit.

Ce sentiment d’insécurité, et d’urgence, plane sur les échanges, entre eux ou devant la caméra des cinéastes : à 70 ans, ont-ils le luxe de l’insouciance ? Cette question taraude Richard, un chanteur au répertoire résolument populaire, à l’humour digne de celui de Roméo Pérusse, mais beaucoup moins cabotin dans l’intimité. Il ne fait pas de mystère sur son passé de don Juan de dépanneur, lui-même surpris d’aimer une femme sans que la question charnelle prenne toute la place. Sa compagne, une Américaine, est gravement malade, toujours en retrait dans le cadre de l’image, mais dont on sent l’angoisse de l’abandon.

Ce collier de confidences, particulièrement sur la sexualité et cette réalité implacable de la nature faisant en sorte « que les choses descendent » (!), est ponctué de scènes d’ambiance qui ne viennent pas nécessairement éclairer les enjeux, mais donnent un aperçu de l’univers indolent dans lequel baignent les protagonistes. Et pour ajouter à cette mélancolie passagère, la musique signée Viviane Audet, Alexis Martin et Robin Joël Cool offre des sonorités comparables à celles d’un Yann Tiersen (Le fabuleux destin d’Amélie Poulain). Dans ce petit paradis au décor de pacotille, l’héroïne du film de Jean-Pierre Jeunet ne manquerait pas de boulot : les cœurs brisés n’ont pas d’âge, et leur tristesse ne fond pas comme neige au soleil…

L’amour à la plage

★★★

Documentaire de Judith Plamondon et Lessandro Socrates. Canada, 2018, 75 minutes.