La drôle et ambitieuse comédie de Kim Nguyen au TIFF

La distribution de «The Hummingbird Project» de Kim Nguyen est de premier plan avec Jesse Eisenberg, Alexander Skarsgard, Salma Hayek et Michale Mando.
Photo: Valérie Macon Agence France-Presse La distribution de «The Hummingbird Project» de Kim Nguyen est de premier plan avec Jesse Eisenberg, Alexander Skarsgard, Salma Hayek et Michale Mando.

Il n’avait jamais misé aussi gros, le Québécois Kim Nguyen. Lançant samedi au TIFF en première mondiale The Hummingbird Project au chic Théâtre Princess of Wales archi plein, l’équipe retenait son souffle. Les grands distributeurs étaient présents. « 70 acheteurs potentiels, essentiellement américains, a t-il dit à notre poignée de journalistes québécois après la séance. « On rêve fort… »

Chaudement applaudi, souvent drôle, avec une distribution de premier plan : Jesse Eisenberg, Alexander Skarsgard, Salma Hayek, ce film en anglais est le plus accessible du cinéaste de Rebelle et pourrait lui valoir une case de large audience aux États-Unis.

Ce qui n’empêche pas le scénario du road movie de sortir des chemins battus. Cette histoire de deux cousins courtiers à la bourse, qui convainquent des investisseurs de financer leur projet de relier les marchés de Détroit et de New York par la fibre optique d’un canal souterrain, sur une distance de 1 600 kilomètres, se nourrit de ressorts fantaisistes. L’exploit leur permettrait de gagner quelques millisecondes qui valent des milliards à la Bourse. La théorie de la relativité d’Einstein n’est pas loin, mais le public n’a pas à trop se forcer la tête pour comprendre sa proposition (un peu quand même).

Le succès de cette comédie repose beaucoup sur le contraste entre les deux personnages principaux, brillamment campés, Jesse Eisenberg ici en verbomoteur impénitent (il parle aussi vite que Woody Allen) capable de vendre les projets les plus fous même condamné par un cancer, Alexander Skarsgard, méconnaissable sous sa calvitie, ici en grand génie timide doux comme un agneau (sa danse de victoire en vrille vaut vraiment le détour) ; Salma Hayek dans la peau de la méchante qui leur met des bâtons dans les roues. Trois types humains : le petit énervé, le grand efflanqué et la salope se font face au milieu de situations dramatico-loufoques.

La relativité du temps

Ce film produit par Pierre Even, a été tourné en partie à New York, mais essentiellement au Québec et en Ontario. Si la réalisation demeure relativement classique, avec quelques longueurs à mi-parcours, on découvre chez Nguyen un vrai talent pour la comédie. Des gags désopilants sont reliés au choc des caractères, à des fantaisies scénaristiques et à cette traversée de l’Amérique jusque chez les Amish vivant comme au XIXe siècle quand le temps prétend s’accélérer sous leur terrain.

Kim Nguyen avait écrit le scénario en se basant sur des projets de fibres optiques souterraines moins ambitieux qu’une ligne New-York/Détroit. « Le film est basé sur une vraie technologie et sur les cas de plusieurs courtiers qui ont tenté de construire des tunnels du genre. », explique Kim Nguyen. Il porte sur le temps. »

« Un temps qui est relatif, ajoute Jesse Eisenberg. Mon personnage est laissé sur cette révélation qu’on ne doit pas attendre d’avoir un cancer pour faire ce qu’on aime. »

Dans la première version du scénario, le méchant était un homme, mais Kim Nguyen l’a changé pour une femme : « Salma Hayek l’a dynamisé en y ajoutant cette couleur de culture mexicaine. »

Devant le public, Jesse Eisenberg a ironisé sur l’hiver québécois qui rendait tangibles les situations insupportables. « Et on consultait un vrai ingénieur sur le plateau qui nous guidait. Une de ses histoires est dans le film. » Il avoue ne pas se regarder à l’écran, tant il ne voit que ses défauts. « Je ne me suis pas vu au cinéma depuis dix ans. »

Quant à Alexander Skarsgard, il a pris le pari de s’enlaidir avec fausse calvitie pour créer ce personnage de génie sans malice, à la fois supérieur, misanthrope et innocent.

« J’ai appris sur The Hummingbird Project qu’il ne faut pas couler le ton d’un film tant que la chimie des acteurs ne s’est pas installée, ni avant qu’on se retrouve sur la table le montage », nous expliqua Kim Nguyen. J’ai adoré orchestrer les scènes drôles, balancer entre le drame et l’humour. »

Il attend la suite. La sortie au Québec sera tributaire d’une distribution possible aux États-Unis, mais les astres semblent alignés pour propulser The Hummingbird Project chez le gros voisin. Le cinéaste répond qu’il serait content que ce soit Netflix, avant d’ajouter : « Je voudrais bien qu’il sorte en salle quand même… »