«La tendresse»: rédemption à l’italienne

Le vieux Lorenzo évite au maximum les contacts avec sa fille Elena.
Photo: AZ Films Le vieux Lorenzo évite au maximum les contacts avec sa fille Elena.

Tout au long de La tenerezza, du cinéaste italien Gianni Amelio, Naples ressemble à la vision que l’on peut avoir d’une ville italienne dont les finances seraient à sec : derrière le charme pittoresque et les siècles d’histoire, on voit des immeubles en lambeaux, des rues étroites étouffées par la congestion, des escaliers casse-cou qui ne semblent mener nulle part. Ce n’est que plus tard, beaucoup plus tard, que Gianni Amelio offre une autre perspective de cette ville du sud de l’Italie, résolument moderne et bétonnée, rupture esthétique pour marquer un passage déterminant.

Cette transition exprime celle effectuée par quelques-uns des personnages de ce drame touchant, parfois étonnant ; on ne pouvait attendre moins de la part du réalisateur de Lamerica (1994) et du Voleur d’enfants (1992), pour qui les blessures de l’enfance et la trahison des adultes revêtent toujours une grande importance. Et même si les bambins n’accaparent que très peu l’écran dans La tenerezza, leur énergie, et leur insolence, tranche avec la personnalité timorée de leurs parents, qui voient à travers eux un curieux reflet de leur propre personne.

Mais ne demandez pas trop au vieux Lorenzo (solide Renato Carpentieri) d’épiloguer sur ces sujets, car cet avocat à la retraite « tristement célèbre », veuf, solitaire et acariâtre, évite au maximum les contacts avec son fils toujours sans le sou et sa fille Elena (Giovanna Mezzogiorno), traductrice judiciaire de l’italien à l’arabe et mère de famille monoparentale. D’ailleurs, seul son petit-fils semble bénéficier des dernières miettes de générosité de cet homme dont le principal passe-temps est d’observer les gens. Sa routine sera toutefois vite bousculée par l’arrivée de nouveaux voisins, Fabio (Elio Germano) et Michela (Micaela Rainazzotti, la note légère), un couple en apparence harmonieux avec ses deux enfants qui s’accommodent de la présence de ce vieux voisin bourru, de plus en plus chaleureux à leur égard. Cela ne sera pas sans risques pour cet homme habitué à tout contrôler, à décider sans appel.

La suite prendra une tournure tragique, permettant à Gianni Amelio d’aborder une foule de sujets à caractère social (de la présence des réfugiés à celle des itinérants sur les places publiques en passant par la corruption juridique et policière), d’entrechoquer des personnages que la fatalité a brutalement réunis (tâche en partie dévolue à Greta Scacchi dans une brève apparition sobre et émouvante). Si le cinéaste cherche la tendresse partout où il le peut, dont celle bien enfouie sous des tonnes de rancoeur et de malentendus comme trop souvent dans les relations familiales, il offre à ses personnages, du moins certains d’entre eux, un semblant de rédemption, cédant bien sûr aux sirènes du mélodrame, jamais très loin dans le cinéma italien.

Au milieu de ces appartements au charme suranné, de ces ruelles tapissées de vieilles pierres au passé glorieux et de toutes ces grandes places publiques fourmillant de passants pressés, ces êtres fragiles, déboussolés, rêvent parfois de vivre ailleurs (Fabio étouffe à Naples et Elena a longtemps vécu en Égypte, d’où sa parfaite maîtrise de la langue arabe), ou simplement de briser un silence pesant. Gianni Amelio évite les violons de la grande réconciliation, injectant tout de même à cette belle chronique familiale un timide espoir. Même pour les grincheux.

La tendresse (V.F. de La tenerezza)

★★★ 1/2

Drame de Gianni Amelio. Avec Renato Carpentieri, Elio Germano, Micaela Rainazzotti, Giovanna Mezzogiorno, Greta Scacchi. Italie, 2016, 106 minutes.