«Le nid»: fable insolite pour couple égaré

Si «Le nid» s’éparpille et perd souvent son souffle, cette fable repose sur une bonne idée et possède le mérite d’une créativité constante.
Photo: K-Films Amérique Si «Le nid» s’éparpille et perd souvent son souffle, cette fable repose sur une bonne idée et possède le mérite d’une créativité constante.
Réalisé à compte d’auteur, primé à Fantasia au titre de meilleur film canadien, Le nid de David Paradis (auteur de la websérie Les roux) est un ovni en plusieurs techniques qui fait valser les genres et multiplie ses voies de déroute.

L’onirisme y flirte avec l’horreur et l’insolite sur trame plus classique de crise du couple et de la paternité. Si Le nid s’éparpille et perd souvent son souffle, cette fable repose sur une bonne idée et possède le mérite d’une créativité constante. Le décor à lui seul — tourné dans un sous-sol d’église bien trouvé —, avec ses murs lépreux, lieu agrémenté ici de souricières, de salles de billard et de quilles ainsi que d’oeilletons virtuels, semble conçu pour procurer des frissons dans le dos.

En donnant la vedette à Pierre-Luc Brillant (C.R.A.Z.Y.) et à Isabelle Blais (Borderline), couple dans la vie, le cinéaste s’amuse, usant des vrais prénoms des acteurs, à brouiller les pistes entre fiction et réalité, pourvu que le réalisme y ait droit de cité.

Les profils de l’homme manipulé et de la femme castratrice, chers au cinéma québécois, sont au poste, avec cette histoire de créateurs et de couple en panne, dont Isabelle entend secouer le cours.

La dame met en scène une thérapiechoc : envoyer son conjoint passer quelques jours dans un endroit sinistre, surnommé ironiquement « le nid », pour réaliser avec lui un film. Isabelle lui apparaît régulièrement en vidéo pour lui révéler des vérités, qui font basculer les repères de Pierre- Luc, lequel filme ses réponses. Le tout sur fond du quotidien de cet homme dans une geôle de plus en plus hantée.

Les genres se catapultent, parfois dans le désordre et la confusion, ailleurs avec inspiration, alors que les dessins, les apparitions plus ou moins horrifiques, les réalités parallèles, les séquences de rêve transforment ce duel filmique en nébuleuse où le spectateur perd pied, mais dont un secret lié à une paternité déficiente finira par émerger.

Tout est question de montage ici, qui entre en confusion dans la seconde partie du film, mais décolle alors du réel pour épouser l’intériorité torturée du héros. Au début, la mayonnaise du mélange des genres prend, puis s’allonge indûment, pour se clore sur une pirouette de facilité. À souligner : l’excellent bruitage et des effets musicaux bien dosés.

Isabelle Blais, avec son charisme et son punch, entre à merveille dans son personnage de femme qui joue son va-tout dans cet exorcisme de couple. Pierre-Luc Brillant se glisse avec plus d’hésitation dans la peau d’un homme manipulé qui ne contrôle plus rien. Son personnage trop faible et les hésitations du scénario lui donnent, ça se conçoit, du fil à retordre, mais lui permet aussi de mettre à profit ses talents de musicien.

Le nid, à travers ses fils d’expérimentation et son désir de casser les moules, malgré une maîtrise inégale des techniques utilisées, se révèle une bonne introduction au long métrage de fiction pour David Paradis. Son audace formelle aurait intérêt à être mieux canalisée, mais le cinéaste ne craint pas de s’aventurer en eaux troubles et on sur veillera à l’avenir jusqu’où il peut aller sans s’égarer.

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Le nid

★★★

Fable fantastique de David Paradis. Avec Pierre-Luc Brillant et Isabelle Blais. Québec, 2018, 88 minutes.