«Kin. Le commencement»: quand ça ne finit plus…

Myles Truitt incarne Eli, un jeune qui trouve une arme puissante dans un immeuble désaffecté, la traînant avec lui sans connaître son potentiel.
Photo: Les Films Séville Myles Truitt incarne Eli, un jeune qui trouve une arme puissante dans un immeuble désaffecté, la traînant avec lui sans connaître son potentiel.

De la même façon que les nouvelles peuvent inspirer de grands films, et pas que les romans, un court métrage offre parfois de multiples possibilités cinématographiques.

S’inspirant d’un de leurs premiers courts, Bag Man (2014), les frères Jonathan et Josh Baker ont eu carte blanche pour gonfler à souhait cette histoire de fusil d’une puissance inouïe tombé entre les mains d’un jeune Afro-Américain qui en fera plus ou moins bon usage. D’où sort cet instrument du futur ou d’une autre galaxie ? Comment a-t-il échoué dans l’univers pauvre et glauque de ce garçon pour qui chaque regard posé sur lui suscite sa méfiance ?

Vous en saurez plus en regardant Kin, beaucoup plus qu’il n’en faut même, et tellement d’ailleurs que le film se conclut avec une promesse de continuité que plusieurs pourraient vite assimiler à une menace. Et ce n’est pas tant cet environnement urbain digne de Detroit — tout fut tourné en Ontario — qui fout le cafard que ce ramassis d’effets et de clichés faisant l’apologie des armes un peu partout sur le territoire et l’accès sans contraintes aux jeux pour adultes : de la conduite automobile sans permis aux bars de danseuses nues en passant par les casinos, rien n’échappe au jeune héros.

Il se nomme Eli (Myles Truitt), et il est perturbé depuis la mort de sa mère (adoptive), rendant ainsi la tâche plus difficile pour son père, Hal (Dennis Quaid), surtout après la sortie de prison de son fils aîné, Jimmy (Jack Reynor), qui sitôt libéré renoue avec les crapules d’autrefois, dont une jouée sans effort par James Franco. Jimmy ignore encore qu’Eli a découvert une arme puissante dans un immeuble désaffecté, la traînant avec lui sans en connaître son plein potentiel.

Après un sombre carnage qui pousse Eli et Jimmy à prendre la fuite, et la rencontre inopinée d’une strip-teaseuse au grand coeur (Zoë Kravitz), il semble que tout ce qui grouille de magouilleurs, d’ennemis sans cervelle et de forces de l’ordre est à leurs trousses, sans compter ceux à qui l’arme redoutable appartient — hommes de l’espace ou robocops de pacotille, on ne le sait guère.

Certes, ils utilisent une quincaillerie sophistiquée pour susciter quelques interrogations, mais pas assez pour secouer notre torpeur devant ce récit écartelé entre le thriller, la science-fiction et le road-movie. Aucun des trois genres ne se démarque dans Kin, plombé par une introduction laborieuse autour de la découverte de ce rutilant gadget digne de la vulgarité de l’ère Donald Trump. La suite comblera sans doute les tenants de ce régime du chacun-pour-soi, là où l’on tire sur tout ce qui bouge, et surtout sans trop réfléchir.

La finale aux allures de pont doré vers de nouvelles aventures n’apparaît en rien réjouissante, étant donné le caractère échevelé, fade et lancinant de cette aventure sur quatre roues avec arrêts obligatoires dans trop de motels bas de gamme. Quand même des acteurs de la trempe de Dennis Quaid et de James Franco ont l’air de s’ennuyer, vous pouvez vous permettre de bâiller.

Kin. Le commencement (V.F. de Kin)

★★

Science-fiction de Jonathan Baker et Josh Baker. Avec Jack Reynor, Myles Truitt, James Franco, Zoë Kravitz. États-Unis, 2018, 102 minutes.