«L’ultime voyage»: la promesse

«L’ultime voyage» s’avère un pre­nant «road movie» crépusculaire, où sont abordés avec ten­dresse, humour et luci­dité les tensions familiales, les affres de la vieillesse et les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale.
Photo: AZ Films «L’ultime voyage» s’avère un pre­nant «road movie» crépusculaire, où sont abordés avec ten­dresse, humour et luci­dité les tensions familiales, les affres de la vieillesse et les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale.

Il y a 70 ans, en quittant la Pologne pour l’Argentine, Abraham Bursztein avait promis à son ami Piotrek, qui l’avait sauvé des griffes des nazis, de retourner le voir. Aujourd’hui âgé de 88 ans, Abraham (Miguel Angel Sola, crédible malgré la piètre qualité du maquillage et de la coiffure pour le vieillir de vingt ans) se voit contraint par ses enfants de vendre sa maison pour finir ses jours dans un centre pour personnes âgées.

Or, le tailleur juif au caractère irascible n’est pas du genre à obéir aux ordres. Malgré une jambe qui le fait souffrir et qu’on lui conseille de se faire amputer, il s’embarque pour un long voyage de l’autre côté de l’océan afin de retrouver Piotrek. Dans la foulée, il plongera aussi dans ses douloureux souvenirs.

Rappelant par sa simplicité et sa linéarité Une histoire vraie de David Lynch, L’ultime voyage, de Pablo Solarz (Juntos para siempre, inédit au Québec), s’avère un prenant road movie crépusculaire, où sont abordés avec tendresse, humour et lucidité les tensions familiales, les affres de la vieillesse et les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale.

Certes, le récit de voyage, plutôt ténu en péripéties, aurait pu tenir dans un moyen, voire un court, métrage. Toutefois, vécu par un octogénaire malade qui retourne sur les lieux où ont été décimés les membres de sa famille, dont sa petite soeur, trop jeune pour être sauvée, le périple prend l’allure d’un récit initiatique aux dimensions épiques et aux vagues accents picaresques.

Épousant le rythme lent de cet homme meurtri dans son corps, meurtri dans son âme, L’ultime voyage suit une trajectoire capricieuse arrangée avec le gars des vues et prétexte à faire entrer en scène une pléthore de personnages gentiment excentriques ou d’une bonté exemplaire.

Chacune des rencontres que fera Abraham, que ce soit avec la sublime tenancière d’hôtel d’âge mûr (Angela Molina) ou avec l’anthropologue allemande qui l’observe avec émerveillement, freinera quelque temps son élan. Chaque rencontre fera figure de parenthèse enchantée où le vieux tailleur trouvera la force de poursuivre cette traversée continentale et sentimentale. Et de vaincre ses préjugés envers cette Europe qui a bien changé depuis la fin de la guerre.

Accompagné de morceaux de musique klezmer, tour à tour festifs et d’une tristesse envahissante, L’ultime voyage ralentit imperceptiblement entre chaque station alors que s’intensifie la douleur des souvenirs. Retardant l’issue du récit comme s’il voulait suspendre le temps, Pablo Solarz décuple ainsi l’émotion et offre une finale bouleversante.

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L’ultime voyage (V.F. de El Ultimo Traje)

★★★

Drame psychologique de Pablo Solarz. Avec Miguel Angel Sola, Martin Piroyansky, Angela Molina, Natalia Verbeke, Julia Beerhold, Olga Bolads et Jan Mayzel. Argentine-Espagne, 2017, 93 minutes.