«Papillon»: dans l’enfer du bagne

Le rythme soutenu de «Papillon», la musique subtile, la caméra mobile de Hagen Bogdanski font oublier des invraisemblances et des raccourcis du récit.
Photo: Entract Films Le rythme soutenu de «Papillon», la musique subtile, la caméra mobile de Hagen Bogdanski font oublier des invraisemblances et des raccourcis du récit.

Plusieurs se souviennent des mémoires publiés en 1969, largement romancés (inspirés parfois des aventures des autres), de l’ancien forçat français Henri Charrière, dit Papillon, dans l’enfer des bagnes de la Guyane française. Le livre, demeuré longtemps best-seller, avait été adapté à l’écran en 1973 par Franklin J. Schaffner. Et pourquoi un remake, toujours en anglais, production américano-hispano-tchèque du Danois Michael Noer (Northwest) ? Il est vrai que son récent R (2014) portait déjà sur l’univers carcéral.

En tout cas, le résultat n’est pas mal, d’une violence extrême comme il se doit, et malgré des trous de scénario, haletant. Les nombreuses scènes d’action ne sont pas filmées à l’américaine, références établies, mais souvent en plans rapprochés, caméras à l’épaule, offrant une meilleure identification aux personnages. Moins formatées que dans les productions hollywoodiennes, elles y gagnent en vérité.

Succédant à Steve McQueen dans le premier film, Charlie Hunnam (The Lost City of Z) en Papillon, ne casse pas la baraque, mais il insuffle çà et là une intériorité au rôle de dur qui lui échoit, surtout lors des scènes de cachot, en vue desquelles l’acteur s’est volontairement reclus et affamé.

Charrière, condamné pour un meurtre qu’il a toujours nié avoir commis, évadé de deux de ces forteresses-prisons, a survécu au bagne grâce à son amitié avec le faussaire Louis Dega. Rami Malek (The Master, Mr. Robot) reprend sur un mode mineur le rôle tenu jadis avec plus de panache par Dustin Hoffman.

On passera vite ici sur les premières images d’un Pigalle de carton-pâte : sexe, jeu, violence, French cancan et titis parisiens. La faiblesse de ce Papillon est de présenter des réalités françaises à travers des codes internationaux. Guillotine, uniformes militaires, têtes et psyché des personnages, comme dans la première adaptation, auraient été mieux servis par la langue et les interprètes du pays. Mais ce second film adapté des aventures de Papillon permet à un nouveau public de découvrir ce monde abominable.

L’action se déroule entre 1931 et 1945 (les bagnes guyanais furent définitivement abolis en 1953). Ces lieux où la corruption, la loi du plus fort, les travaux forcés sous un soleil de plomb, la torture et les cellules d’isolement qui rendent fous les durs et les tatoués furent minutieusement reconstitués à partir d’images d’archives du bagne de Cayenne et d’autres enfers tropicaux pour détenus indésirables en France et de témoignages.

Le film parvient à rendre ce climat dantesque, sans femmes, sous le perpétuel qui-vive des forçats et la cruauté des gardiens. Le rythme soutenu de Papillon, la musique subtile, la caméra mobile de Hagen Bogdanski font oublier des invraisemblances et des raccourcis du récit. Les natures sensibles auront du mal à supporter la violence de cet univers où le sort des morts paraît plus enviable que celui des vivants.

Papillon

★★★ 1/2

Réalisation : Michael Noer. Scénario : Aaron Guzikowski, d’après le roman éponyme d’Henri Charrière. Avec Charlie Hunnam, Rami Malek, Michael Socha. États-Unis–Espagne–République tchéque, 2018, 133 minutes.