«Sashinka»: mère indigne

Sasha (Carla Turcotte) est une jeune femme tourmentée qui s’exprime à travers ses chansons. Un soir qu’elle fait la fête chez elle avec son petit ami (David Giguère), une chanteuse (Éliane Préfontaine) et un producteur de spectacles (Emmanuel Schwartz), sa mère Elena (Natalia Dontcheva), immigrante russe aussi expressive que Sasha est taciturne, débarque à l’improviste.

Jusqu’à l’entrée en scène de cette tornade blonde, Sashinka, premier long métrage de Kristina Wagenbauer, s’annonce comme une étude de moeurs décontractée, légère et vivante mettant en scène de jeunes artistes montréalais. Alerte, attentive, furtive, la caméra de Marie Davignon (Fermières d’Annie St-Pierre, Montréal New Wave d’Erik Cimon) papillonne d’un acteur à l’autre, captant avec sensualité la fébrilité d’une soirée d’été improvisée entre amis.

Alors que la petite bande se montre accueillante envers cette femme vulgaire au look provocant, Sasha se montre dure à son endroit. À force de chantage émotif, Elena convainc sa fille de l’héberger pour la nuit. Préparant un concert crucial pour l’envol de sa carrière, Sasha n’a que faire de cette mère qui lui fait honte, qui aime trop la fête et le jeu, qui menace de tout faire échouer.

Écrit avec Marie-Geneviève Simard, la scénariste de ses courts métrages (Bowling chez Denise et Mila), Sashinka est un film déchirant où Kristina Wagenbauer esquisse patiemment une complexe relation mère-fille. Tirant profit du jeu tout en sobriété de Carla Turcotte, qui a de plus une jolie voix, et de l’intensité de Natalia Dontcheva, tour à tour adorable et détestable, la réalisatrice fait comprendre avec une économie de mots, mais un maximum d’émotion le drame de la jeune auteure-compositrice-interprète écrasée par cette mère instable et menteuse qui s’accroche à ses rêves de jeunesse.

Alors que la photo de Marie Davignon, soutenue par le montage fluide de Jules Saulnier (Finissant(e)s de Rafaël Ouellet, Police Académie de Mélissa Beaudet), apporte une bouffée de fraîcheur à l’ensemble parfois oppressant, comme si tout ce qui entourait Sasha et sa mère n’était pas contaminé par leurs malheurs, la musique de Jean-Sébastien Williams (Ailleurs exactement de Wagenbauer) confère au tout une atmosphère envoûtante, réconfortante.

Malgré les beaux moments de vérité qui traversent Sashinka, quelques aspects du passé des deux femmes sont abordés non sans quelque maladresse et paraissent même plaqués, comme si Kristina Wagenbauer avait pris quelques raccourcis pour entraîner plus vite ses deux protagonistes vers de douloureuses révélations et une conclusion poignante laissant place à l’interprétation du spectateur.

Sashinka

★★★

Drame de Kristina Wagenbauer. Avec Carla Turcotte, Natalia Dontcheva, David Giguère, Emmanuel Schwartz et Éliane Préfontaine. Québec, 2018, 78 minutes.