«Un printemps d’ailleurs»: je reviens chez nous

Wensi Yan incarne une femme qui se heurte au conservatisme des siens.
Photo: Filmoption International Wensi Yan incarne une femme qui se heurte au conservatisme des siens.

Frustrée de ne pas pouvoir avoir d’enfant, Fang (Wensi Yan), immigrante chinoise installée à Montréal depuis dix ans, quitte son mari (Émile Proulx-Cloutier, que l’on voit à peine dix minutes) afin de retourner quelque temps chez son grand-père (Kefa Cui) et sa seconde femme (Cheng Yan) à Dazu, dans le sud de la Chine. Accueillie par les siens comme l’incarnation de la réussite, Fang n’ose leur avouer l’échec de son mariage.

Avec stupéfaction, elle découvre à travers les propos conservateurs teintés d’envie et les questions insistantes tournant autour de la maternité des membres de sa famille que le sort des femmes n’est guère enviable dans son pays natal, où elle n’avait pas remis les pieds depuis son départ pour le Canada. Lasse de l’attitude glaciale de son grand-père et du bavardage incessant de celle qu’elle appelle « Grand-mère bonbon », Fang trouve momentanément réconfort auprès d’un ami qui la désire depuis leur adolescence (Xuan Zhao).

Délicat portrait de femme déchirée entre sa culture d’adoption et celle de son pays natal, Un printemps d’ailleurs, premier long métrage prometteur de la réalisatrice sino-québécoise Xiaodan He, propose une réflexion douce-amère, parfois déconcertante, sur la condition féminine, la maternité et le poids des traditions. Ainsi, à en juger par sa façon dedépeindre la famille de Fang, on pourrait croire qu’il n’y a aucun espoir possible quant à un futur changement des mentalités.

À travers ce récit lourd de non-dits où la figure centrale apparaît par trop irrationnelle, notamment dans son refus de voir la réalité, on devine qu’il y a peu d’issues possibles pour la femme chinoise. Si elle ne trouve pas un bon mari pour prendre soin d’elle, comme ce fut le cas pour la grand-mère de Fang (qui semble pourtant peu respectée par cet homme peu bavard), elle risque de se retrouver au ban de la société, telle l’une de ses cousines qui a osé avoir un enfant (pis encore, une fille !) hors des liens du mariage. À travers le destin de la petite-cousine de Fang, Xiaodan He en profite pour montrer du doigt les conséquences désastreuses de la politique de l’enfant unique.

Privilégiant une approche contemplative, la cinéaste ne pouvait trouver mieux que la photographie de Glauco Bermudez (Antoine et Marie de Jimmy Larouche, Avant les rue, de Chloé Leriche) pour traduire parfaitement le regard mélancolique de l’héroïne sur les magnifiques paysages de sa terre natale. On regrettera cependant que la musique d’Érik Satie donne à cette triste beauté des airs de déjà-vu.

Un printemps d’ailleurs

★★★

Drame de Xiaodan He. Avec Wensi Yan, Cheng Yan, Xuan Zhao, Kefa Cui et Émile Proulx-Cloutier. Québec-Chine, 2017, 88 minutes.