La saison des passions au cinéma étranger

Le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan explore la solitude de l’écrivain, et plus encore celle de celui en devenir, un enjeu majeur dans «Le poirier sauvage».
Photo: Memento Distribution Le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan explore la solitude de l’écrivain, et plus encore celle de celui en devenir, un enjeu majeur dans «Le poirier sauvage».

Ce bel arrachement au quotidien qu’est le cinéma nous fait souvent découvrir des figures extravagantes, inspirantes, parfois familières, ou extirpées d’un passé plus ou moins récent. Vous avez rendez-vous avec plusieurs d’entre elles cet automne, saison que l’on pourrait qualifier de toutes les passions. Et il en faut pour mener jusqu’au bout une vie d’écrivain : elle s’éteint parfois à cause d’un milieu conformiste, ou prend de la vigueur contre vents, marées, et préjugés.

Si on ne retient souvent d’Oscar Wilde que ses pièces pleines d’esprit, et ses savoureux aphorismes, on oublie qu’il a payé cher sa passion pour les hommes. Rupert Everett, devant et derrière la caméra, rend hommage à son courage devant l’adversité dans The Happy Prince (2 novembre), aux côtés de Colin Firth et d’Emma Watson.

Dans un registre plus intimiste, maîtrisé à la perfection, le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan explore à son tour la solitude de l’écrivain, et plus encore celle de celui en devenir, un enjeu majeur dans Le poirier sauvage (23 novembre). À nouveau, il brode sur ses thèmes récurrents et ses paysages familiers, ceux de tous ses films maintes fois récompensés (Sommeil d’hiver, Il était une fois en Anatolie).

Tout pour la musique

Un musicien ou une chanteuse sans passion dévorante ne survit pas longtemps dans cette jungle, même si la persévérance a aussi un prix. Parlez-en à Maria Callas ou à Christa Päffgen. La première fait l’objet d’un documentaire qui évoque son magnétisme auprès du public et les côtés sombres de cette grande voix du XXe siècle, tout cela avec un florilège d’images d’archives dans Maria by Callas (26 octobre), de Tom Volf, avec Fanny Ardant comme narratrice.

La seconde, associée à Andy Warhol et au groupe Velvet Underground, a tenté par tous les moyens de se faire un nom, comme en témoigne Nico, 1988 (31 août), de Susanna Nicchiarelli, dirigeant l’actrice et chanteuse danoise Trine Dyrholm dans la peau de cette icône allemande pour qui le temps était compté en cette année fatidique.

Les habitués des émissions de Monique Giroux sur Ici Musique connaissent déjà le son de Chilly Gonzales, et pour tous les autres qui n’auraient pas encore ce bonheur, ils pourront s’en délecter dans Shut Up and Play the Piano (5 octobre), un portrait signé Philipp Jedicke sur ce Canadien depuis longtemps citoyen du monde, associé aux artistes les plus différents (Feist, Daft Punk, Drake, qui dit mieux ?).

Chercher pour se trouver

Il suffit d’un instant ou d’un regard pour basculer dans une passion dévorante. Certains ont toutefois moins de facilités dans l’abandon, dont ces curieux empotés voulant faire de la nage synchronisée, et sans le physique de l’emploi. Idée amusante d’un film de l’acteur Gilles Lellouche, capable de tous les excès, s’effaçant derrière la caméra pour plonger dans ce Grand bain (2 novembre), et dans lequel Mathieu Amalric et Philippe Katerine se trempent aussi les pieds.

Photo: Studiocanal L’acteur Gilles Lellouche, capable de tous les excès, s’efface derrière la caméra pour plonger dans Le grand bain.

Parfois, la passion de vivre s’est éteinte, mais le temps, ou le hasard, peut faire renaître la flamme. C’est sous le ciel de Naples que le cinéaste Gianni Amelio, dont on voyait plus souvent le travail dans les années 1990 (Le voleur d’enfants, Lamerica) fait jaillir La tendresse (7 septembre). Elle semblait d’ailleurs impossible autour d’un vieil avocat grincheux et malade, retrouvant un certain sourire auprès d’une charmante voisine.

Pour les relations plus complexes, où l’on cause de l’amour aussi souvent qu’on le fait, rien ni personne n’éclipse Christophe Honoré (Les chansons d’amour, La belle personne), le chantre d’une certaine jeunesse pas si différente de celle des films d’Éric Rohmer. Plaire, aimer et courir vite (19 octobre), voilà qui ressemble à un trait dominant de son oeuvre, sans bien sûr oublier l’élégance typiquement parisienne.

Une que l’on ne risque jamais de croiser dans le monde de Christophe Honoré, c’est Laure (Diane Rouxel), prête à tout pour gravir les échelons dans la marine française. Volontaire (12 octobre), d’Hélène Fillières, décrit cette pénible ascension, freinée par un commandant intraitable, incarné par le toujours impérial Lambert Wilson.

Monia Chokri vient tout juste de terminer le tournage de son premier long métrage de fiction, mais l’actrice continue d’être sollicitée, ici comme en Europe. Elle se glisse cette fois dans la peau d’une Parisienne que plus rien ne passionne, au point de vouloir en finir, croyant qu’après l’âge de 35 ans commence une déchéance inéluctable. Ça, c’était avant qu’un employé des pompes funèbres ne vienne à sa rescousse, et d’une étrange manière, dans Emma Peeters (novembre), de la cinéaste belge Nicole Palo. La passion se cache vraiment n’importe où.

La passion durassienne

Camarades durassiens, vous serez sûrement fébriles (ou anxieux) à l’idée de découvrir La douleur (17 septembre), une adaptation d’Emmanuel Finkiel d’un roman de Marguerite Duras publié en 1985, inspiré de la déportation de son mari, Robert Antelme, un résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, et ses efforts pour le retrouver. Oeuvre autobiographique pour les uns, fumisterie pour les autres (où Duras s’octroierait le beau rôle), ce n’est pas d’hier que l’auteure de L’amant suscite la controverse. Celle dont l’univers représente toujours un grand défi casse-cou de transposition cinématographique, sauf pour Alain Resnais (Hiroshima mon amour), n’a jamais perdu de son magnétisme.