«Cible 22»: un agent plus que secret

Dans «Cible 22», Mark Wahlberg incarne un agent de la CIA qui doit exfiltrer un policier indonésien.
Photo: VVS Films Dans «Cible 22», Mark Wahlberg incarne un agent de la CIA qui doit exfiltrer un policier indonésien.

Quatrième collaboration après Le seul survivant, Le jour des Patriotes et Crise à Deepwater Horizon entre Peter Berg et Mark Wahlberg, Cible 22 est un long métrage qui ne manque certes pas d’action, ni de muscles, ni de gros moyens. Cela dit, ce thriller a beau en mettre plein la vue et plein les oreilles, on ne saurait dire qu’il satisfait quiconque s’intéresse un tant soit peu au récit. Et pourtant, la prémisse n’est pas inintéressante.

Officier d’élite d’une section ultrasecrète de la CIA, James Silva (Wahlberg, qui affiche la même expression d’un plan à l’autre) doit exfiltrer vers les États-Unis Li Noor (Iko Uwais, physique), policier indonésien détenant des informations compromettantes. Au bureau des opérations, Bishop (John Malkovich, avec une horrible perruque !) aide Silva à déjouer une horde d’assassins qui veulent éliminer Noor.

Après s’être penché sur la guerre en Afghanistan, l’attentat au marathon de Boston et l’explosion de la plateforme de forage Deepwater Horizon au Nouveau-Mexique, Peter Berg s’est associé à Lea Carpenter, auteure du roman Onze jours, dans lequel évoluent des membres des Navy SEAL. Ayant découvert il y a une dizaine d’années que son père avait été membre d’une unité spéciale de l’armée américaine, Carpenter a eu l’idée d’écrire un scénario à ce sujet.

Parmi les nombreux scénarios et films dont elle se serait inspirée, il y aurait Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow, et Munich, de Steven Spielberg. Certes, le résultat est bien en deçà des oeuvres précédemment citées, mais c’est peut-être grâce à la présence de la romancière aux côtés de Peter Berg que l’on retrouve à l’écran deux personnages féminins à des lieues de la demoiselle en détresse.

Agiles au combat et maniant les armes avec sang-froid dans des situations extrêmes — et il y en a plus que le client en demande —, les officiers Alice Kerr (Lauren Cohan) et Sam Snow (Ronda Rousey) n’ont certainement rien à envier à leurs partenaires masculins. À l’instar des autres personnages, toutes générations et nationalités réunies, elles sont toutefois totalement dénuées d’humanité. Chaque protagoniste est tellement unidimensionnel que Cible 22 se rapproche davantage du jeu vidéo que du film de cinéma. N’y manque que les manettes de contrôle.

Au gré d’un montage frisant l’hystérie, qui sème autant la confusion dans l’esprit qu’il provoque l’irritation cornéenne, Cible 22 enchaîne tant de scènes de fusillades, d’explosions et de combats à mains nues — où brille le prodigieux Iko Uwais — que, bientôt, on ne sait plus trop si Berg et Carpenter racontent une histoire ou non. Entre-temps, on se désole de constater que John Malkovich y est sous-utilisé.

Malgré cela, tous deux livrent in extremis un punch pas piqué des vers… lequel laisse supposer qu’il pourrait bien y avoir une ou, pire encore, plusieurs suites. Si Uwais, qui ferait pâlir d’envie les Jackie Chan, Jet Li et Mark Dacascos de ce monde, promet d’être au prochain rendez-vous, on ira peut-être y jeter un coup d’oeil.

Cible 22 (V.F. de Mile 22)

★★

Thriller de Peter Berg. Avec Mark Wahlberg, John Malkovich, Iko Uwais, Lauren Cohan, Ronda Rousey et Sam Medina. États-Unis, 2018, 93 minutes.