«Le rire de ma mère»: fougueuse

Le film s’avère une fougueuse ode à la vie, à l’image du personnage qu’incarne Suzanne Clément, qui partage avec Igor Van Dessel des scènes émouvantes.
Photo: La belle company Le film s’avère une fougueuse ode à la vie, à l’image du personnage qu’incarne Suzanne Clément, qui partage avec Igor Van Dessel des scènes émouvantes.

Partout où elle passe, Marie (Suzanne Clément, radieuse) déplace de l’air. Gravement malade, elle mord pourtant à pleines dents dans la vie. Elle parle fort, rit fort, fume, boit, fait la fête. Toujours amoureuse du père de son fils, Romain (Pascal Demolon), en couple avec l’effacée et douce Gabrielle (Sabrina Seyvecou), elle collectionne les histoires sans lendemain.

Timide, peu bavard, son fils Adrien (Igor Van Dessel, expressif) s’inscrit à un cours de théâtre pour se rapprocher de la jeune fille qu’il aime, Elsa (Salomé Larouquie). Bientôt, il devra composer avec la mort imminente de cette mère adorée qui lui fait parfois honte. Il trouvera réconfort et source de courage dans L’oiseau bleu de Maeterlinck, pièce où il partage la vedette avec Elsa.

Pour leur premier long métrage, Colombe Savignac et Pascal Ralite ont puisé dans leur propre histoire. S’ils dévoilent ainsi une partie de leur intimité, ils le font avec une pudeur qui les honore, un profond respect pour la chère disparue et, surtout, un grand amour pour cet enfant qui a traversé avec dignité l’agonie et la perte de sa mère.

À la fois hymne tendre au courage de leur fils et célébration lumineuse à la mémoire de l’ex-femme de Ralite, Le rire de ma mère rappelle par sa volonté de s’éloigner des clichés des drames médicaux La guerre est déclarée, de Valérie Donzelli, où un couple se battait pour la survie de son enfant.

Le portrait familial que tracent les deux scénaristes-réalisateurs n’est pourtant pas toujours flatteur. De prime abord, Marie fait figure de femme-enfant égoïste et de mère envahissante, et Romain, d’ex méprisant et de père trop sévère. Quant à Gabrielle, c’est la belle-mère qui tente de faire sa place dans une famille reconstituée, croulant sous la comparaison avec la première épouse, passant au second plan quand le drame arrive. L’impression ne durera toutefois pas longtemps, alors que les personnages apparaîtront dans toute leur complexité, leur richesse, leur humanité.

Drame teinté d’onirisme où l’on observe le monde adulte à hauteur d’enfant, Le rire de ma mère possède de grandes qualités, mais aussi quelques maladresses. On se laisse séduire par la justesse des émotions, le fin sens d’observation et le naturel de l’interprétation, lesquels compensent la fantaisie parfois plaquée et les effets spéciaux devant lesquels on grince des dents.

Aux scènes où la douleur côtoie l’absurde, l’humour et un brin de folie, comme dans ce passage de Romain et Gabrielle chez le psychologue, où quand Marie désamorce la gravité de son état en se pavanant avec des perruques aux couleurs vives, Savignac et Ralite opposent des moments où tout menace de basculer dans le gnangnan ou le mélo larmoyant.

En définitive, Le rire de ma mère s’avère une fougueuse ode à la vie, à l’image du personnage qu’incarne Suzanne Clément, qui partage avec le jeune Igor Van Dessel les scènes les plus émouvantes du film, doublé d’un vibrant plaidoyer en faveur de l’affirmation de soi.

Le rire de ma mère

★★★

Drame de Colombe Savignac et Pascal Ralite. Avec Suzanne Clément, Igor Van Dessel, Pascal Demolon, Sabrina Seyvecou, Mathis Bour et Salomé Larouquie. France, 2017, 92 minutes.