«Puzzle»: pâle métaphore des destins brisés

Ces deux êtres ont tellement peu de scènes d’émotions pour instaurer une intimité quelconque que croire à leur amour se révèle mission impossible.
Photo: Métropole Films Ces deux êtres ont tellement peu de scènes d’émotions pour instaurer une intimité quelconque que croire à leur amour se révèle mission impossible.

Il est dommage que ce film indépendant américain, qui suit la démarche de libération d’une mère de famille de milieu ouvrier, en banlieue de New York, ne trouve pas sa charge émotive pour la porter. Cette romance s’offre pour trame une histoire proche de The Bridges of Madison County, de Clint Eastwood, si bouleversant : l’ennui d’une femme au foyer, la rencontre avec un homme venu d’ailleurs, le quotidien et les conventions sociales appelées à imposer quand même leurs lois. Mais ne fait pas un grand film d’amour qui veut.

Pourtant, l’Écossaise Kelly Macdonald (Trainspotting, No Country for Old Men) porte en elle une sensibilité à explorer et Irrfan Khan (The Lunchbox, Life of Pi) est une légende du cinéma indien. Mais l’Américain Marc Turtletaub (producteur de Little Miss Sunshine) n’aura guère su tirer parti de leurs forces. Son film, parfois touchant, mélancolique et pétri de bonnes intentions, peine à trouver son rythme et son ton, par-delà sa mise en lumière d’une condition féminine aux aspirations brimées.

On a l’impression que ce scénario exsangue fut maintes fois remanié en s’éloignant de celui de l’argentin Rompecabezas, de Natalia Smirnoff, dont Puzzle offre le remake.

Ce film suit la route d’Agnès, catholique très pratiquante (Macdonald), engluée dans sa routine auprès d’un bon mari soporifique (David Denman) et de ses deux fils adolescents. La dame se découvre un talent : celui d’assembler des casse-tête en temps record. Cette passion nouvelle l’entraîne dans la Grosse Pomme de perdition, où elle croise Robert, un riche, mystérieux et élégant homme d’affaires (Khan, charismatique) qui la prend commepartenaire pour des tournois de casse-tête. Une idylle suivra, bien sûr, avec mensonges de la dame qui s’éloigne de son orbite, sous les grognements des délaissés.

On entre, on l’aura compris, en univers de métaphore, d’autant plus que Robert s’offre aussi le rôle de maître spirituel exotique qui joue d’aphorismes : « Le casse-tête est une façon de contrôler le chaos », dira-t-il.

Hélas ! Ces deux êtres ont tellement peu en commun et si peu de répliques et de scènes d’émotions pour instaurer une intimité quelconque que croire à leur amour se révèle mission impossible.

Çà et là, quand Agnès se rend à l’église, se détourne du mari, ou cherche à encourager les aspirations de son fils à un enseignement supérieur, la possibilité d’un film plus fin se dessine à travers le regard de Kelly Macdonald, mais l’actrice reste en général trop fade pour inspirer l’empathie. Puzzle aurait mérité des jeux de caméra à l’épaule attentifs à la psyché des personnages. Ces derniers, platement mis en scène, glissent à la surface de leur potentiel sans pouvoir plonger.

Puzzle

★★ 1/2

Comédie dramatique de Marc Turtletaub. Avec Kelly Macdonald, David Denman, Irrfan Khan, Bubba Weiler, Austin Abrams. États-Unis, 2018, 103 minutes.