«Gaspard va au mariage»: bestiaire

Sous ses dehors légers et ludiques, «Gaspard va au mariage» distille une envahissante et prenante mélancolie.
Photo: Pyramide Distribution Sous ses dehors légers et ludiques, «Gaspard va au mariage» distille une envahissante et prenante mélancolie.

Alors qu’il s’apprête à retourner au zoo familial, près de Limoges, pour assister au second mariage de son père volage, Max (Johan Heldenbergh), avec Peggy (Marina Foïs), une vétérinaire, le coincé Gaspard (Félix Moati), 25 ans, y entraîne Laura (Laetitia Dosch), inconnue dégourdie qu’il fait passer pour sa petite-amie — pour la somme de 50 euros par jour. À son arrivée, son frère aîné Virgil (Guillaume Gouix), garçon sérieux sans humour, lui annonce que Peggy ne désire plus se marier sous prétexte que Max a couché avec l’une de ses ex en voulant rompre avec elle.

Surprise de constater ce zoo vétuste où certains animaux circulent librement, Laura, pressée de rejoindre une amie à Biarritz, découvre que Coline (Christa Théret), soeur cadette canon qui vit à la manière des ours, en pince pour son frère.

Antony Cordier (Douches froides, Happy Few) convie une faune hétéroclite — et on ne vous parle pas des bêtes en cage — dans cet ovni où la sensualité animale, l’humour décalé et la poésie enfantine forment un improbable ménage à trois.

À l’instar de Laura, le spectateur sera totalement déconcerté en pénétrant dans cet univers rappelant tour à tour L’extravagant docteur Dolittle (1967) de Richard Fleischer, L’île du docteur Moreau (1996) de John Frankenheimer et Nous avons acheté un zoo (2011) de Cameron Crowe. Ponctué de planantes plages musicales, où l’on se laisse malgré soi emporter pour être mieux désarmé lorsque le récit reprend son cours, Gaspard va au mariage se laisse doucement apprivoiser tandis qu’il révèle par petites touches le triste roman familial de ce drôle de clan.

Au cours de ses flash-back, dont la patine nostalgique et l’atmosphère onirique évoquent les films de famille, on découvre les inventions brillantes du petit Gaspard et la mère (Élodie Bouchez), créature solaire partie trop tôt. Divisé en chapitres, où chaque personnage est mis en relief, le récit emprunte joliment aux contes pour enfants et à la mythologie grecque.

Sous ses dehors légers et ludiques, Gaspard va au mariage distille une envahissante et prenante mélancolie. D’emblée excentriques, insolites ou fantasques, les personnages apparaissent au fil des intrigues comme des êtres vulnérables, livrés à l’abandon, incapables de quitter l’enfance depuis la disparition de la mère, dont la mort, selon celui qui la raconte, prend des dimensions épiques.

Refusant de voir la réalité en face, à l’exception de Virgil, pourtant lui aussi gamin prisonnier d’un corps d’adulte tel un héros de Réjean Ducharme, et de Peggy, d’une implacable lucidité, Gaspard et les siens devront accepter de voir leur petit monde s’écrouler, leurs idéaux secoués et leur innocence bafouée.

Malgré les drames douloureux qui se jouent, Gaspard va au mariage ne tarit pas de tendres moments cocasses, de joyeuses répliques acérées ni de scènes où chacun oublie ses remords, ses regrets et ses ressentiments pour exprimer, le temps d’une chanson, le bonheur d’être ensemble. En résulte un portrait de famille impressionniste et fantaisiste sur le passage, tardif, à l’âge adulte.

Gaspard va au mariage

★★★ 1/2

Comédie sentimentale d’Antony Cordier. Avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret, Guillaume Gouix, Marina Foïs et Johan Heldenbergh. France, 2017, 103 minutes.