«Dans la brume»: l’incompréhensible angoisse

Romain Duris est l’un des survivants de la vapeur mortelle qui se répand à travers Paris dans le film «Dans la brume».
Photo: Les Films Séville Romain Duris est l’un des survivants de la vapeur mortelle qui se répand à travers Paris dans le film «Dans la brume».

Voir trembler Paris, c’est plutôt rare. Certes, le cinéma a reproduit les bombardements sous l’Occupation et s’est même aventuré à décrire la menace terroriste. Un risque, dans ce dernier cas. Si terrible, Made in France (2015), de Nicolas Boukhrief, notamment pour la simultanéité de sa sortie (annulée) avec les attentats du 13 novembre 2015, qu’il n’a jamais pris l’affiche en salles parisiennes.

Le Paris de Dans la brume, film d’anticipation, n’est ni celui d’une époque révolue ni celui d’aujourd’hui (quoique). Mais embrumée, puis éteinte, sans électricité et presque totalement muette, la Ville Lumière de Daniel Roby (Louis Cyr : l’homme le plus fort du monde) est prise d’un grand effroi, ce qui est plutôt bon signe pour une fiction dite de catastrophe.

Paris tremble, littéralement : c’est par un séisme, fait plutôt inusité (on n’est pas à Los Angeles), que la catastrophe débute. Petit tremblement de terre, en comparaison de la brume qui s’ensuit.

Cette vapeur, qui sort par la bouche des métros et s’arrête à plusieurs mètres de hauteur, s’avère mortelle. Parmi les survivants, Mathieu (Romain Duris), son ex Anna (Olga Kurylenko) et leur fille Sarah (Fantine Harduin), condamnée par une maladie à vivre dans une chambre-bulle, comprennent qu’il leur faudra quitter tôt ou tard les lieux.

Pour sa première escapade hors Québec (excepté sa contribution à la série télé Versailles), Daniel Roby signe une science-fiction. Il ne s’embourbe pas dès lors dans de grandes explications scientifiques, quitte à les contourner et à enfiler les situations invraisemblables. Comme ce chien qui, lui, court sans aucune faiblesse.

Le scénario évite aussi le conflit politique, alors que ce gaz irrespirable aurait très bien pu être le résultat d’un attentat. La leçon de Made in France semble avoir été retenue. Mieux vaut s’attaquer à un défi ancré dans une perspective environnementaliste.

Dans la brume a ses qualités. Haletant, rythmé, ficelé au profit d’une angoisse croissante. La fin du monde est proche, du moins celle de Paris — mais que fera le monde sans Paris ? L’ennemi est d’autant plus terrifiant qu’il est impossible de le maîtriser ou de le chasser.

La métaphore de la brume, élément immatériel, est dans ce sens plutôt appropriée. Nous voilà pris avec un phénomène qui aveugle, un nouveau monstre dont l’origine et la fin n’ont aucune explication. On est dans la brume, dans tous les sens, y compris Mathieu, l’instinctif et émotif, et Anna, la rationnelle et scientifique.

Certains plans de Roby sont esthétiquement réussis, notamment lors des ralentis d’ordre onirique dignes d’un Terrence Malick. Les derniers lieux sûrs, ce sont les hauteurs, tel que Montmartre et Notre-Dame, filmés de loin, comme une carte postale en train de disparaître. Mathieu et Anna trouvent refuge au dernier étage de leur immeuble, chez leurs voisins. Ce qui permet de monter sur les toits d’un Paris submergé. Image catastrophe d’une grande efficacité.

Les scènes d’action sont crédibles et, malgré les points d’interrogation, le récit avance, fort en rebondissements et en drames. Mais il fallait bien une issue à cette brume. Et si on la tait ici pour votre plaisir cinéphile, on peut cependant dire que c’est une queue de poisson qui nous est offerte. On aurait préféré rester dans la traînée nébuleuse.

Dans la brume

★★★

Drame de Daniel Roby. Avec Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin. France, Québec, 2018, 89 minutes.