La fureur de vivre

Les projets arrivent d’un petit peu partout, notamment de France, où l'actrice tourne beaucoup. On la voit ici lors de son passage à Cannes, en mai dernier.
Photo: Loïc Venance Agence France-Presse Les projets arrivent d’un petit peu partout, notamment de France, où l'actrice tourne beaucoup. On la voit ici lors de son passage à Cannes, en mai dernier.

En 2012, au Festival de Cannes, après avoir remis le prix de la meilleure actrice à Émilie Dequenne pour À perdre la raison, de Joachim Lafosse, le jury d’Un certain regard réservait une surprise de taille au public. Plutôt que de couronner un acteur, le jury a sacré une seconde actrice, en l’occurrence Suzanne Clément pour Laurence Anyways, de Xavier Dolan. Cette consécration pour la Québécoise fut le prélude d’une histoire d’amour qui ne se dément pas entre elle et le cinéma français.

« Il y a eu Mommy aussi, que les gens ont beaucoup aimé ; les gens connaissent beaucoup le travail de Xavier [Dolan], et donc le mien dans ses films. Il y a là une belle reconnaissance, confie l’actrice jointe en France. Pendant deux ans, j’ai fait beaucoup de tournages, six longs métrages et deux séries, dont La forêt, qui est sur Netflix. Dans les prochains mois, il y a deux films qui vont sortir, Le jeu, de Fred Cavayé, et Raoul Taburin, de Pierre Godeau. »

Si les propositions au théâtre ne se sont pas révélées assez séduisantes, l’ex-interprète de Shandy dans Unité 9 admet que les offres intéressantes ne manquent pas au cinéma. « Les projets arrivent d’un petit peu partout. Il y en a eu beaucoup en France, dont Numéro une de Tonie Marshall. J’ai eu l’appel de l’ailleurs, qui est un peu comme l’appel des voyages, mais j’y vais avec mes désirs. J’étais en pause, mais il y a deux scénarios que je pourrais faire si on obtient le financement. »

Le personnage est inspiré de l’ex-femme de Pascal [Ralite]. Elle avait une personnalité très forte, très dérangeante, mais en même temps elle était le genre de personne qu’on a envie de suivre, avec qui on a envie de faire la fête.

N’ayant pu accompagner le film de Marshall au Québec, Suzanne Clément sera de passage prochainement pour promouvoir Le rire de ma mère, premier long métrage de Colombe Savignac et de Pascal Ralite, d’abord reconnus comme deuxième assistante à la réalisation et directeur de production. L’actrice y interprète Marie, une femme vive, fougueuse et impétueuse.

« Le personnage est inspiré de l’ex-femme de Pascal. Elle avait une personnalité très forte, très dérangeante, mais en même temps elle était le genre de personne qu’on a envie de suivre, avec qui on a envie de faire la fête. Elle ne parlait jamais de sa maladie. Jusqu’à la fin, elle a continué à boire et à fumer. Elle avait un grand appétit de vivre. »

Hymne à la vie

Outre Marie, Le rire de ma mère met en scène son fils Adrien (Igor Van Dessel), garçon timide qui cherchera à s’exprimer par le théâtre, Romain (Pascal Demolon), son ex qu’elle aime encore, et Gabrielle (Sabrina Seyvecou), compagne de Romain. Tous quatre devront composer avec la mort imminente de la première.

« Pour les réalisateurs, c’est un hommage à leur fils. Ils ont tenté de se distancier ; ils disaient que c’était une adaptation. C’était important que je m’approprie le personnage, auquel ils ont ajouté des trucs plus inspirés de moi. Ils cherchaient à ne pas figer les choses dans leur histoire parce qu’il fallait que ça devienne une oeuvre. Ce sont des gens vraiment sains, droits dans leurs bottes », explique Suzanne Clément, qui s’est sentie attirée par l’humanité du récit, la finesse du ton et de l’humour autant que par la force de Marie.

Pour nourrir son personnage et mieux comprendre cette femme s’apprêtant à quitter son enfant, qui refusait que celui-ci la voie dans ses derniers moments, elle a même rencontré le médecin qui l’a suivie jusqu’à la fin en compagnie de Pascal Demolon.

« Il n’y a pas de façon de mourir comme il n’y a pas de façon de vivre. Pour elle, il y avait peut-être le désir de protéger son fils en ne lui laissant pas une image d’elle amoindrie, triste, douloureuse. Je pense qu’elle a forcé son fils à sortir de la peur du regard des autres. Elle était dans l’extrême, ce qui peut faire peur aux enfants, car souvent, quand on est jeunes, on ne veut pas faire de vagues. J’ai vu chez l’enfant de cette femme que cette excentricité-là et ce plaisir de vivre restent. Le legs qu’elle voulait lui laisser, c’était : bouffe la vie, déborde et n’aie pas peur ! »

Les accents de Suzanne

Lorsqu’elle tourne en France, Suzanne Clément doit gommer son accent québécois : « Changer d’accent, c’est un exercice intéressant que j’aime beaucoup, c’est comme déjà revêtir un costume. Après, il faut vraiment essayer de s’en détacher, travailler assez fort pour pouvoir l’oublier. Les émotions sont beaucoup liées à la langue avec laquelle on a grandi, alors c’est comme faire un marathon avec des poids dans les pieds. Quand je reviens ici, j’enlève les poids et c’est… Wow ! »

Pour les besoins de la série Versailles, mégaproduction de Canal + sur la cour de Louis XIV, où elle incarnait une empoisonneuse, l’actrice a cependant dû adopter un tout autre accent. « Versailles, c’était l’occasion de travailler l’accent britannique, sans que cela soit parfait. C’était super intéressant à faire. La série était controversée parce qu’elle était tournée en anglais et, comme les auteurs écrivaient à mesure, tu ne savais pas ce qui arrivait à ton personnage, mais les décors, les costumes, les maquillages et les coiffures étaient fabuleux. En plus, l’un des trois réalisateurs, c’était Louis Choquette. »

Le rire de ma mère

De Colombe Savignac et Pascal Ralite. En salle le 17 août.