«La rééducation de Cameron Post»: la prisonnière

Au camp de conversion où on l’a envoyée, Cameron (Chloë Grace Moretz) semble avancer dans un état somnambulique dans un cycle cauchemardesque.
Photo: Condor Films Au camp de conversion où on l’a envoyée, Cameron (Chloë Grace Moretz) semble avancer dans un état somnambulique dans un cycle cauchemardesque.

L’histoire que raconte La rééducation de Cameron Post, deuxième long métrage de Desiree Akhavan (Appropriate Behavior, inédit au Québec), se déroule en 1993, dans l’Amérique pourtant libérale de Bill Clinton. Toutefois, aussi choquante soit-elle, cette histoire aurait très bien pu être campée de nos jours. De fait, la thérapie de conversion, laquelle consiste à changer l’orientation sexuelle d’une personne homosexuelle ou bisexuelle, demeure légale dans 41 États.

Librement adapté du roman d’Emily M. Danforth (l’héroïne a 12 ans dans le livre), La rééducation de Cameron Post met en scène une orpheline de 17 ans (Chloë Grace Moretz) qui, après avoir été surprise en flagrant délit avec sa meilleure amie (Quinn Sheppard), est envoyée par sa tante (Kerry Butler) dans un camp chrétien pour refouler son penchant pour les femmes.

Dans ce camp, dirigé par la stricte et glaciale docteure Lydia Marsh (Jennifer Ehle) et son frère soi-disant homosexuel repentant, le décontracté et attentionné révérend Rick (John Gallagher Jr.), Cameron se liera d’amitié avec Jane (Sasha Lane), qui cache son herbe dans sa prothèse de jambe, et Adam (Forrest Goodluck), Autochtone s’identifiant comme bispirituel.

Narré du point de vue de Cameron, qui commente du bout des lèvres la place de la religion dans la société américaine et l’absurdité de la thérapie de conversion, ce drame sentimental, couronné du Grand Prix du jury à Cannes, présente une facture évanescente qui traduit parfaitement l’état d’esprit de la jeune fille.

Alors qu’elle se prête de mauvaise grâce aux exercices que proposent les Marsh, Cameron semble avancer dans un état somnambulique dans un cycle de cauchemars éveillés, de souvenirs heureux et de fantasmes sexuels. Malgré le drame que vivent ces jeunes qu’on tente de dénaturer en leur bourrant le crâne des paroles de la Bible, on laisse une place de choix à l’humour et à l’ironie, notamment à travers le personnage de Jane. Afin de fuir dès que possible cette prison où l’on humilie ces jeunes, dont certains comprennent à peine ce qu’ils vivent tant ils ont été élevés dans l’ignorance, cette dernière s’amuse à donner les réponses auxquelles s’attendent les thérapeutes.

Sans forcer le trait, Desiree Akhavan et la coscénariste Cecilia Frugiuele dénoncent la mentalité étroite de la droite religieuse, l’absence totale d’empathie pour les jeunes de la communauté LGBTQ, qu’aucun proche ne cherche à comprendre, les arguments ridicules qu’on leur sert afin de les ramener dans le « droit chemin », les tragédies que peut entraîner un enseignement basé sur des écrits millénaires.

On regrette cependant qu’Akhavan et Frugiuele n’aient pas développé davantage les personnages, dont plusieurs demeurent opaques, unidimensionnels, particulièrement la docteure Marsh et son frère, la première faisant figure d’homophobe obstinée, le second, celle d’un homosexuel vivant sans tourment dans le déni. Alors qu’elles abandonnent Cameron et ses amis à eux-mêmes, on pourrait croire qu’elles ont été freinées dans leur volonté de condamner ces thérapies scandaleuses.

La rééducation de Cameron Post (V.F. de The Miseducation of Cameron Post)

★★★

Drame sentimental de Desiree Akhavan. Avec Chloë Grace Moretz, Sasha Lane, Forrest Goodluck, John Gallagher Jr., Jennifer Ehle, Kerry Butler et Quinn Sheppard. États-Unis, 2018, 91 minutes.