«BlaKkKlansman»: le bec à l’eau du Ku Klux Klan

Adam Driver se révèle très juste dans son rôle de flic juif infiltré et John David Washington — fils de Denzel —, dans le rôle de Ron Stallworth, premier enquêteur noir du Colorado, est convaincant dans le registre comique.
Photo: Universal Pictures Adam Driver se révèle très juste dans son rôle de flic juif infiltré et John David Washington — fils de Denzel —, dans le rôle de Ron Stallworth, premier enquêteur noir du Colorado, est convaincant dans le registre comique.

Coiffé au dernier Festival de Cannes du Grand Prix du jury, BlaKkKlansman, comédie policière très engagée de Spike Lee, inspirée d’un fait vécu, possède le mérite de l’efficacité, du punch et du sujet jouissif. Après des années de flottement, le cinéaste afro-américain de Malcolm X retrouve sa vigueur, à défaut de finesse. Ce film se révèle son meilleur depuis des lunes, quoique tourné sans le doigté supérieur de Do the Right Thing, son grand chef-d’oeuvre.

Il tombe à pic, en ces temps de trumpisme, un an après les émeutes racistes de Charlottesville, venant redonner un coup de fouet à sa communauté, dont il est le champion, poing levé. On prédit au film un franc succès… auprès du public gagné d’avance à sa cause. Les racistes des États-Unis lui feront un autre sort sans doute…

L’histoire est celle de Ron Stallworth (John David Washington), premier enquêteur noir du Colorado, qui est parvenu à infiltrer à la fin des années 1970 une cellule du Ku Klux Klan alors qu’un coéquipier juif (Adam Driver) jouait sa doublure pour les rencontres de terrain, empêchant les suprémacistes blancs de contrôler la ville. Ron Stallworth avait publié l’ahurissante histoire à sa clé (longtemps gardée secrète) en 2006.

Les membres du KKK sont dépeints ici comme de parfaits dégénérés, ou d’affreux jojos ; Spike Lee ne fait pas dans la dentelle et se délecte de rôles de caricature accentuant l’humour situationnel, surtout quand le policier noir se fait garde du corps du chef du KKK, David Duke (Topher Grace, impressionnant et sinistre à souhait).

John David Washington, fils de Denzel, apparaît plus convaincant dans le registre comique que dramatique ou amoureux. La romance du policier noir avec une jeune militante afro-américaine (Laura Harrier) ne convainc qu’à moitié. Adam Driver se révèle très juste dans son rôle de flic juif infiltrant le camp ennemi sous graves dangers, servis avec rythme et suspense.

Truffant son film de références à Trump, à grands coups de « America First ! » assénés par le KKK, une séquence documentaire abordera plus directement les émeutes de Charlottesville. BlaKkKlansman parvient, tout en jouant avec les codes visuels du temps, à actualiser un moment d’histoire en offrant un miroir au spectateur contemporain.

Le cinéaste, multipliant les allers-retours temporels, sert des extraits du film de Victor Fleming Autant en emporte le vent et du chef-d’oeuvre raciste du muet Birth of a Nation (1915) de D. W. Griffith ; deux regards cinématographiques sur la guerre de Sécession sous biais du vieux Sud esclavagiste.

Un certain jeu de montage entre le récit du lynchage emblématique du jeune Noir Jesse Washington en 1916 (sur documents d’archives) raconté par un vieil homme (incarné par le non moins emblématique Harry Belafonte) et un discours du chef du Ku Klux Klan, produit son effet boeuf. Spike Lee s’était déjà montré plus subtil que dans ce film, où ses convictions politiques, si louables soient-elles, se voient soulignées à gros traits. Par son humour, BlaKkKlansman cautionne en partie la charge effrénée, sans gommer les irritants manichéens, mais avec un point de vue afro-américain plus que bienvenu dans une Amérique déchirée autant qu’explosive.

BlaKkKlansman

★★★ 1/2

Comédie policière de Spike Lee. Avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Corey Hawkins. États-Unis, 2018, 135 minutes.