«L’espion qui m’a dompée»: la chance des débutantes

Morgan (Kate McKinnon) et Audrey (Mila Kunis) ont autant d’envergure que Melissa McCarthy dans «Spy».
Photo: Lionsgate Morgan (Kate McKinnon) et Audrey (Mila Kunis) ont autant d’envergure que Melissa McCarthy dans «Spy».

Le nouveau film de Susanna Fogel aurait pu s’intituler Life Partners, le titre de son premier long métrage sur deux amies aussi différentes qu’inséparables. Car il s’agit, à quelques explosions près, de la même dynamique fusionnelle, celle où les hommes occupent la périphérie, même s’ils le font ici de manière tapageuse et rocambolesque. Quant aux filles, ne leur demandez surtout pas de jouer les Bond Girls.

En fait, Audrey (Mila Kunis) et Morgan (Kate McKinnon) ont autant d’envergure que Melissa McCarthy dans Spy, mais qui sait si elles ne ressembleront pas un jour à Angelina Jolie dans Mr. and Mrs. Smith. Pour le moment, la première est caissière dans une épicerie de produits bio et la seconde, une actrice au chômage, mais dont la flamboyance ne prend jamais de repos. Audrey broie du noir depuis que Drew (Justin Theroux), supposément employé à la radio NPR, l’a bêtement laissé tomber par texto. Elle découvre plutôt — et le spectateur avant elle — qu’il travaille comme agent de la CIA, surgissant de nulle part, plus précisément de la Lituanie, pour remettre à son ancienne flamme le précieux colis qu’il devait livrer, avant bien sûr de mourir sous les balles de ses ennemis.

Cette mission improbable, qui implique leur départ en catastrophe de Los Angeles pour aboutir en Europe, force les deux amies à faire appel à leur sens de la débrouillardise, l’illustration classique du clown blanc, clown noir, Mila Kunis étant visiblement d’accord pour jouer les seconds violons et céder beaucoup de terrain à Kate McKinnon. Pour son premier rôle de premier plan au cinéma, la vedette de Saturday Night Live a décidé d’en mener large, et de sortir l’attirail complet de son fabuleux registre comique.

Les deux actrices ne se contenteront pas ici de simples grimaces, multipliant les cascades et les démolitions accélérées, qu’il s’agisse de chics cafés viennois ou d’anciens gymnases décrépis d’inspiration soviétique, ainsi que des inévitables poursuites en bagnoles, avec à la clé les blagues sur Uber et la conduite manuelle. Susanna Fogel prend visiblement plaisir à cette escapade européenne toujours chic et de bon goût, si ce n’est quelques références à l’appareil reproducteur et aux fluides corporels, timides en comparaison de ce que la comédie américaine actuelle a pu déjà nous offrir (de Bridesmaids à Vacation, faites votre choix).

Autour des deux vedettes, dont la chimie est palpable, gravite un aréopage d’acteurs de premier plan (Gillian Anderson, Paul Reiser, Fred Melamed, etc.) faisant pour la plupart trois petits tours, et à la même vitesse que défilent les pays dans leurs atours les plus touristiques.

Ce n’est pas tout à fait non plus le grand carrousel des one liners (bien que certaines allusions aux comportements des touristes américains sur le Vieux Continent comblera d’aise ceux et celles qui les ont déjà subis…), l’humour reposant sur un comique burlesque et débridé, impliquant même une variation modeste du Cirque du Soleil, question de maintenir l’esprit exotique de cette folle équipée. Qui ne fait jamais rire à gorge déployée mais qui, grâce au cumul d’absurdités, réussit à ne pas (trop) ennuyer, surtout à l’heure de départager les bons des méchants…

L’espion qui m’a dompée (V.F. de The Spy Who Dumped Me)

★★★

Comédie d’espionnage de Susanna Fogel. Avec Mila Kunis, Kate McKinnon, Justin Theroux, Sam Heughan. États-Unis, 2018, 116 minutes.