«Summer of 84»: un tueur si proche

À la manière des «Goonies» ou de «Stand By Me», Davey (deuxième à partir de la gauche) et ses amis s’embarquent dans une aventure sur fond de meurtres au plus fort de l’été.
Photo: Métropole Films À la manière des «Goonies» ou de «Stand By Me», Davey (deuxième à partir de la gauche) et ses amis s’embarquent dans une aventure sur fond de meurtres au plus fort de l’été.

À l’instar de leur précédent long métrage, le jubilatoire pastiche des films post-apocalyptiques Turbo Kid (2015), les réalisateurs de RKSS, François Simard, Anouk Whissel et Yoann-Karl Whissel, démontrent hors de tout doute qu’ils ont un sacré talent pour recréer l’esthétique, l’atmosphère et le rythme des films de genre des années 1980. Pour Summer of 84, le trio explore un filon plus sombre en s’inspirant à la fois de récits d’aventures et de films d’horreur qui ont fait le délice des jeunes cinéphiles en quête de frissons à l’époque où les gros synthés étaient de mise. On saluera d’ailleurs au passage Le Matos, qui signe une bande originale qui ne déplairait sans doute pas à John Carpenter, maître en la matière.

Adolescent à l’imagination débordante, adepte de la théorie des complots, Davey Armstrong (Graham Verchere) est persuadé que son voisin Wayne Mackey (Rich Sommer), brave policier célibataire à qui tous donneraient le bon Dieu sans confession, est en fait un tueur en série. De fait, en l’aidant à descendre quelques boîtes au sous-sol, Davey a cru trouver chez lui des éléments qui le lieraient aux 13 disparitions de jeunes garçons dans cette petite banlieue en apparence tranquille de l’Oregon.

Non sans difficulté, Davey convainc ses meilleurs amis, Eats le pseudo-rebelle (Judah Lewis), Woody le costaud rondouillard (Caleb Emery) et l’intello à lunettes Curtis (Cory Gruter-Andrew), de l’aider à mettre la main au collet du voisin. Sceptiques, Eats, Woody et Curtis se livrent néanmoins à des rondes de surveillance, talkie-walkie en main, avec Davey afin de lui prouver qu’il est dans le tort. Se joint bientôt aux jeunes garçons Nikki (Tiera Skovbye), l’ancienne gardienne de Davey pour qui ils ont tous le béguin.

D’emblée, la petite bande d’attachants marginaux de Summer of 84 rappelle celles de Ça, toutes moutures confondues, et de la série Stranger Things, à la différence que RKSS ne surfe pas du tout sur la vague fantastique. Le tueur qui sème l’effroi dans la communauté a bel et bien un visage humain et non celui d’un clown monstrueux ou d’une créature humanoïde hideuse. Ce qui le rend d’autant plus inquiétant puisqu’il se fond aisément parmi les habitants.

S’il fallait toutefois rapprocher Summer of 84 de la populaire série des frères Duffer, c’est dans la volonté des trois réalisateurs de revisiter le cinéma de genre des années 1980 avec un remarquable souci d’authenticité et une nostalgie totalement assumée — et contagieuse. Les trois larrons de RKSS, ainsi que leur directeur photo Jean-Philippe Bernier, éprouvent une affection pour la belle époque des VHS et cela transparaît dans chaque plan, chaque détail.

Il est toutefois dommage que le scénario des nouveaux venus Matt Leslie et Stephen J. Smith ne soit pas à la hauteur de ce drame d’horreur qui évoque avec brio The Goonies (1985), Stand By Me (1986) et The Lost Boys (1987). Certes, la finale surprend, et en choquera certainement plus d’un, mais le récit est si convenu, si avare de revirements imprévisibles et si dénué de tout second degré, hormis quelques amusants clins d’oeil, que Summer of 84 se révèle en définitive un hommage inoffensif à un genre autrefois subversif.

Summer of 84

★★★

Drame d’horreur de RKSS (François Simard, Anouk Whissel et Yoann-Karl Whissel). Avec Graham Verchere, Judah Lewis, Caleb Emery, Cory Gruter-Andrew, Tiera Skovbye et Rich Sommer. Canada, 2018, 105 minutes.