Le FFM peut aller de l'avant, malgré ses dettes

Le président Serge Losique n’est cependant pas au bout de ses peines: les dettes fiscales du festival s’élèvent à près d’un demi-million de dollars.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le président Serge Losique n’est cependant pas au bout de ses peines: les dettes fiscales du festival s’élèvent à près d’un demi-million de dollars.

Une demande d’injonction planait sur le Festival des films du monde (FFM), injonction évitée de justesse. Comme l’ordonnait un juge de la Cour supérieure, le FFM a payé le montant qui lui permet de conserver son certificat d’inscription à la Loi sur la taxe de vente du Québec. Et d’aller de l’avant avec sa 42e édition, dont le contenu sera annoncé « entre le 10 et le 15 août », promet le président du festival, Serge Losique.

Mercredi matin, un acte de désistement a été rendu public, confirmant que Revenu Québec a reçu le versement exigé du FFM, soit une somme minimale qualifiée de « sûreté ». Le festival fondé par Serge Losique en 1977 avait jusqu’au 1er août pour obtempérer, sans quoi il n’aurait pas été possible de tenir la 42e édition.

« Considérant le versement par la défenderesse [le FFM] de la somme de 32 800 $ représentant le montant de la sûreté, la demanderesse [Revenu Québec], par ses avocats soussignés, accepte de se désister de sa demande d’injonction pour obtenir la fermeture d’un établissement et la cessation d’une activité. »

Le 42e FFM s’amorcera donc le 23 août, comme le clame l’affiche collée sur la porte des bureaux de l’organisme du même nom, rue de Bleury. M. Losique n’est cependant pas au bout de ses peines : les dettes fiscales du festival s’élèvent à près d’un demi-million de dollars.

Selon les documents remis par Revenu Québec à la Cour, le FFM devait, en date du 23 mai 2018, quelque 499 400 $, dont 6200 $ pour taxes perçues et non remises et 493 200 $ pour retenues à la source perçues et non remises.

Le montant de la sûreté est fixé par Revenu Québec dans le cas où une personne morale omet de payer une somme due en vertu de la Loi sur l’administration fiscale. Le litige fiscal du FFM n’est pas nouveau. Les éditions 2016 et 2017 se sont tenues dans l’illégalité, sans le certificat d’inscription révoqué en novembre 2015.

Problèmes récurrents

La survie du FFM refait régulièrement surface. En 2017, il aura fallu que Québecor, un des derniers commanditaires à le soutenir, prenne en charge la dette hypothécaire du cinéma Impérial — 5 millions de dollars — pour le garder en vie.

Cette fois, l’entreprise dirigée par Pierre Karl Péladeau n’a pas joué les sauveurs. « Nous sommes intervenus l’an dernier et, depuis, nous continuons notre engagement afin de préserver et de développer sa vocation culturelle. Nous avons également déjà apporté notre soutien financier au FFM, comme nous le faisons depuis dix ans à titre de partenaire de l’événement. Nous n’entendons donc pas contribuer davantage », lit-on dans un courriel envoyé par Québecor.

La question sur la provenance de l’argent dépasse Serge Losique. « Dans nos budgets, c’était planifié. Il n’y avait pas d’ultimatum, assure le président. C’est moi qui ai proposé le 1er août et le juge me l’a accordé. J’avais prévu depuis longtemps [de payer à cette date]. »

De toute façon, insiste l’homme, tout ce qui concerne la situation financière de l’organisme, y compris le financement de l’édition à venir, ne se discute pas publiquement. Si Serge Losique a accepté de nous recevoir, c’est pour parler culture.

Comment payer l’hébergement des invités ? Les producteurs s’en occupent. La location des salles ? Il y a des gens raisonnables. « On se débrouille », répond-il en évitant la question des salaires.

Son leitmotiv devrait nous rassurer, il faut croire : « Un festival culturel quel qu’il soit vit toujours d’espérance, jamais d’espoir », clame-t-il.

Mystère cinéma

Il reste que côté cinéma, le mystère est tout aussi grand. À trois semaines du jour J, on ne connaît ni la programmation, ni les salles, ni le jury. Par comparaison, le Festival international du film de Toronto, qui débutera trois jours après la fin du FFM, n’arrête pas d’annoncer ses prises, dont plusieurs films québécois.

Serge Losique aime bien se vanter qu’il ne présentera que des premières. Son défi est grand, dit-il, d’autant plus qu’au dernier jour pour accepter les propositions (11 juillet), « trop de films sont arrivés, à peu près 488 ». En tout, 1500 longs et courts métrages ont été soumis.

« On a pris un peu de retard », admet M. Losique, qui affirme confier encore les rênes de la programmation à l’ancien critique Martin Malina. « Il nous en reste encore quelques-uns à voir, on terminera aujourd’hui ou demain », poursuit-il avant de se lever pour vérifier.

« Combien de courts métrages… 250, encore ? Alors ! » apprend-il au téléphone.

Serge Losique assure vouloir présenter un 42e FFM avec 150 longs métrages et les sections habituelles consacrées au cinéma chinois et aux productions étudiantes.

Le travail n’est pas fini, mais Serge Logique se veut rassurant. La grille horaire sera dévoilée à temps. « Normalement, ce sera entre le 10 et le 15 », dit-il. Le jury sera aussi connu à ce moment. « Peut-être même avant », ose-t-il avancer.