«1991»: «La vita è piu bella al cinema»

À peine Jean-Carl Boucher apparaît-il à l’écran, après un ravissant voyage dans le temps où il est question d’amour, de guerre et de risotto aux champignons, qu’on a le goût de le suivre jusqu’au bout du monde.
Photo: Les Films Séville À peine Jean-Carl Boucher apparaît-il à l’écran, après un ravissant voyage dans le temps où il est question d’amour, de guerre et de risotto aux champignons, qu’on a le goût de le suivre jusqu’au bout du monde.

Si l’on se fie à ce que raconte avec une irrésistible truculence Ricardo Trogi dans chaque volet de sa sympathique trilogie autobiographique, lancée en 2009 avec 1981, la vie du réalisateur n’a peut-être pas été un long fleuve tranquille, mais certainement pas une épopée de brillants exploits.

Ainsi, d’un chapitre à l’autre, force est de se demander pourquoi le cinéaste désire tant partager avec le grand public ses souvenirs de jeunesse. Et surtout, pourquoi on le suit sans se faire prier dans ses tribulations somme toute banales. Reprenant la mécanique éprouvée dans 1981 et 1987, Ricardo Trogi replonge cette fois-ci dans ses souvenirs de jeune adulte, au moment où l’Europe traverse de durs moments, notamment l’éclatement de l’ex-Yougoslavie — n’en cherchez cependant pas la trace dans ce récit picaresque nombriliste.

Croyant que Marie-Ève Bernier (Juliette Gosselin) est la femme de sa vie, Ricardo Trogi (Jean-Carl Boucher) part la rejoindre à Perugia afin d’y suivre avec elle des cours d’italien. À peine débarqué en Europe, l’aspirant scénariste de 21 ans vit une multitude de mésaventures. Accessoirement, on aura droit à de jolis plans de Perugia quand le jeune homme prendra quelques secondes pour souffler.

En chemin, Ricardo rencontrera l’énigmatique bohème Arturo (Alexandre Nachi), qui refuse de dire d’où il vient (la Croatie, peut-être ?), et à l’arrivée, il partagera le quotidien de Mamadou (Mamadou Camara), désinvolte Burkinabé qui multiplie les liaisons d’un soir. Tandis que Ricardo présente à toute vitesse la cohorte d’étudiants lors d’une soirée arrosée, on regrette que le compagnon de voyage et le coloc, de même que Yorda (Mara Lazaris), sa blonde d’occasion, se révèlent à peine développés. Cela n’empêche toutefois pas l’acteur italien Roberto Citran de se démarquer avec panache lors d’une scène mémorable au registrariat de l’université.

À peine entend-on la voix de Trogi, qui pourrait se recycler dans l’humour tant son delivery est parfait, que déjà la magie opère. À peine Jean-Carl Boucher apparaît-il à l’écran, après un ravissant voyage dans le temps où il est question d’amour, de guerre et de risotto aux champignons, qu’on a le goût de le suivre jusqu’au bout du monde.

S’il n’a pas tout à fait le physique de l’emploi, le jeune acteur a si bien saisi l’essence du personnage au fil des années qu’il s’avère plus que jamais l’alter ego idéal du flamboyant réalisateur. À ses côtés, Juliette Gosselin est pétillante à souhait en Marie-Ève réelle et fantasmée à la Anita Ekberg. Et que dire de Sandrine Bisson et Claudio Colangelo, une fois de plus impeccables dans le rôle des parents ? On a presque un pincement au cœur de les voir trop peu dans ce volet. Cela dit, on les entend beaucoup…

Anecdotique, ludique et nostalgique, cette charmante suite de 1981 et de 1987 ponctuée de délicieux clins d’œil à La dolce vita de Fellini — et de tubes de l’époque qu’on aurait préféré oublier — respire l’amour du cinéaste pour le septième art. Si Ricardo Trogi parvient une troisième fois à nous ravir autant avec ses récits de jeunesse, c’est grâce à son sens de l’observation, de l’autodérision et, par-dessus tout, au plaisir qu’il a à jongler avec les codes du cinéma.

1991

★★★

Comédie de Ricardo Trogi. Avec Jean-Carl Boucher, Juliette Gosselin, Sandrine Bisson, Claudio Colangelo, Mara Lazaris, Alexandre Nachi, Mamadou Camara et Roberto Citran. Québec, 2018, 101 minutes.