«Mamma Mia! C’est reparti»: fausses notes et faux pas

Tandis que défilent les chansons, interprétées sans âme pour la plupart, force est de constater que l’ensemble peine à lever.
Photo: Universal Pictures Tandis que défilent les chansons, interprétées sans âme pour la plupart, force est de constater que l’ensemble peine à lever.

Même si vous êtes fan d’ABBA et de comédies musicales, la suite inattendue et inutile de la pitoyable adaptation de la pièce de Catherine Johnson par Phyllida Lloyd (La femme de fer), remplacée dix ans plus tard par le guère plus inspiré Ol Parker (Imagine toi et moi), vous donnera envie de hurler au sacrilège. La pièce originale, prétexte à enfiler les plus grands succès du groupe suédois, ne cassant pas la baraque, on espérait à peine que sa suite la surpasse en originalité.

Ayant tricoté une intrigue rachitique autour de dix-huit chansons d’ABBA, dont quelques-unes déjà interprétées (Dancing Queen) dans Mamma Mia ! et plusieurs méconnues (I Kissed the Teacher), Ol Parker nous ramène sur l’enchanteresse petite île grecque — le tournage a cependant eu lieu en Croatie — où Sophie (Amanda Seyfried) a fait agrandir l’auberge de sa mère, Donna (Meryl Streep). Enceinte de quelques semaines, elle prépare fébrilement avec Fernando (Andy Garcia, qui chuchote plus qu’il ne chante) la grande soirée de réouverture.

Quand elle n’est pas occupée à chanter sans conviction, Sophie écarquille ses grands yeux bleus et se réfugie dans les souvenirs de la jeune Donna (Lily James) au moment où celle-ci rencontra les trois amours de sa vie, joués par trois acteurs qui n’arrivent pas à la cheville de leurs aînés, auxquels ils ressemblent vaguement. Malgré l’enthousiasme et l’application de la jeune distribution, on se désole que celle-ci se révèle peu douée pour le chant et la danse. Bref, on doute qu’elle puisse faire long feu à Broadway.

Réservant peu de surprises tant sur le passé de Donna que sur le présent de Sophie, Ol Parker multiplie les allers-retours dans le temps avec de lourds et artificiels effets de montage. En vain, on attend que la magie d’ABBA, dont la moitié masculine, Benny Andersson et Björn Ulvaeus, fait brièvement acte de présence, fasse son effet, que le chorégraphe Anthony Van Laast livre d’éblouissants tableaux — le plus achevé étant ironiquement Waterloo. Et puis, on revient au présent, où l’on retrouve Sophie, qui est bien triste parce que son insipide mari Sky (Dominic Cooper) est retenu à New York.

Et c’est là que le malheur commence réellement pour le public, qui doit assister à l’un des pires duos amoureux vus au cinéma tandis que Seyfried et Cooper martyrisent One of Us. Bien que son père Sam (Pierce Brosnan) soit à ses côtés, la pauvre Sophie a la mine basse puisque Donna et ses deux autres pères, Bill (Stellan Skarsgard) et Harry (Colin Firth) ne pourront être de la partie. Arrivent en renfort les deux meilleures amies de Donna, Rosie et Tanya, interprétées par les délicieuses et piquantes Julie Walters et Christine Baranski, qui supplantent sans se forcer les actrices qui les incarnent dans leur jeunesse.

Tandis que défilent les chansons, interprétées sans âme pour la plupart, force est de constater que l’ensemble peine à lever, et ce, même si Meryl Streep et Cher, réunies à l’écran trente-cinq ans après Le mystère Silkwood, apparaissent au dernier acte pour sauver du naufrage ce festival des faces B d’ABBA où Lily James, malgré son bronzage parfait et son sourire étincelant, fait pâle figure en jeune version de Streep. Mince consolation : Pierce Brosnan n’y braie presque pas.

Mamma Mia ! C’est reparti (V.F. de Mamma Mia ! Here We Go Again)

★ 1/2

Comédie musicale d’Ol Parker. Avec Amanda Seyfried, Lily James, Christine Baranski, Julie Walters, Pierce Brosnan, Andy Garcia, Meryl Streep et Cher. États-Unis, 2018, 114 minutes.