«Je vais mieux»: il a bon dos

Récit d’émancipation sur l’air du «Écoute ton corps», «Je vais mieux» flirte avec une certaine forme de psychopop, ainsi qu’avec un humour parfois cabotin.
Photo: MK2 Mile End Récit d’émancipation sur l’air du «Écoute ton corps», «Je vais mieux» flirte avec une certaine forme de psychopop, ainsi qu’avec un humour parfois cabotin.

Courber l’échine finit assurément par provoquer des courbatures. Comment alors s’étonner de voir Laurent (Éric Elmosnino) traverser l’existence avec un visage constamment crispé de douleur et une main toujours placée quelque part dans le dos. Cet architecte pourrait d’ailleurs se confondre, et se perdre, dans la blancheur immaculée de la prestigieuse firme où il travaille.

Nouvelle variation du Malade imaginaire ? Dans Je vais mieux, Jean-Pierre Améris (Les émotifs anonymes, L’homme qui rit) affectionne les personnages fragiles, blessés, eux dont les maux, qu’il s’agisse de la timidité ou de la laideur, les enferment en eux-mêmes pour ensuite — surtout dans ses comédies — opérer une salutaire transformation. C’est ce qu’il illustre avec simplicité et dévotion dans cette tranche de vie où trône un homme banal sur tous les plans, sauf pour sa propension à étaler ses douleurs physiques pour mieux camoufler ses misères morales.

Et elles sont nombreuses chez ce cinquantenaire pour qui la routine s’est installée avec sa conjointe, qui est victime du mépris systématique d’un collègue toujours prêt à l’humilier, qui ne veut déplaire à personne, surtout pas à ses amis dont certaines habitudes, ou un talent relatif pour la peinture, lui tombent sur les nerfs. Or, rassurez-vous, rien n’y paraît, jusqu’au moment où l’accumulation des humiliations et des rendez-vous avec des charlatans de tout acabit finissent par avoir raison de son fragile équilibre. Au milieu de ce chaos, une rencontre fortuite (où l’on croise, dans un rôle effacé, la lumineuse Alice Pol) et un projet architectural dont la charge symbolique n’échappera à personne permettront à Laurent de relever la tête.

Récit d’émancipation sur l’air du fameux « Écoute ton corps », Je vais mieux flirte avec une certaine forme de psychopop, ainsi qu’avec un humour parfois cabotin, celui des petites bagarres, des simagrées des pseudo-guérisseurs, et bien sûr la traditionnelle chicane de ménage où l’on s’invective avec la même intensité que pour se balancer des objets par la tête. Ce n’est pas tout à fait là où Jean-Pierre Améris excelle, bien meilleur dans les ambiances en demi-teintes, les climats où règne une certaine mélancolie face au temps qui passe et à ses ravages discrets, mais implacables.

Il ne pouvait d’ailleurs trouver meilleur interprète de ces déséquilibres qu’Éric Elmosnino, lui qui a su faire de sa tête de monsieur Tout-le-monde sa singularité, au point même d’avoir prêté ses traits à Serge Gainsbourg — Gainsbourg (Vie héroïque), de Joann Sfar —, preuve de sa grande abnégation d’acteur. Autour de lui, peu de vedettes, si ce n’est la présence toujours solide de François Berléand en patron ferme, compréhensif et érudit (porté sur les citations pour faire bon chic bon genre), et des visages étroitement associés aux comédies françaises les plus populaires des dernières années (Judith El Zein dans Le prénom et Ary Abittan dans Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?).

La prescription finale de Je vais mieux apparaît bien sûr quelque peu simpliste, comédie humant l’air du temps pour mieux décrire ses névroses. Améris administre l’antidote avec un sourire bienveillant.

Je vais mieux

★★★

Comédie dramatique de Jean-Pierre Améris. Avec Éric Elmosnino, Alice Pol, Ary Abittan, Judith El Zein. France, 2017, 86 minutes.