«Mary Shelley»: œuvre inanimée

Dans le film, on découvre Mary Shelley, déjà jeune fille, en pleine élaboration d’un poème… assise dans un cimetière en ruines.
Photo: TVA Films Dans le film, on découvre Mary Shelley, déjà jeune fille, en pleine élaboration d’un poème… assise dans un cimetière en ruines.

En dehors des cercles littéraires, peut-être le nom de Mary Wollstonecraft Godwin ne résonnera-t-il guère. Mary Shelley, en revanche, en est un qui se passe de présentation. Les deux appartiennent à l’auteure de Frankenstein ou le Prométhée moderne. Génie à l’origine dudit chef-d’œuvre, qui célèbre son bicentenaire, Mary Shelley eut une existence riche, notamment auprès du poète Percy Shelley. Sous prétexte de ne couvrir que les « jeunes années » du sujet, le film Mary Shelley se concentre surtout sur cette histoire d’amour, avec en toile de fond tracas familiaux et, presque incidemment, écriture.

Le milieu dans lequel Mary Shelley vint au monde en 1797 est en soi peu banal puisqu’elle est la fille de la philosophe Mary Wollstonecraft, pionnière des luttes féministes, et du philosophe William Godwin, chantre de l’utilitarisme et précurseur de la doctrine anarchiste. Mary n’avait pas un mois lorsque sa mère est décédée.

Excellente Elle Fanning

Dans le film, on la découvre déjà jeune fille, en pleine élaboration d’un poème… assise dans un cimetière en ruines. Parce que Mary Shelley est l’auteure de l’un des sommets du roman gothique. Avec sa blondeur éthérée et sa peau diaphane, Elle Fanning ne dépare pas la composition, il n’empêche…

Au rayon de la subtilité, la suite, hélas, est à l’avenant dans cette production ampoulée et quelque peu insignifiante. À titre informatif, la conception de Frankenstein lors d’un séjour devenu mythique au lac Léman (déjà l’objet de trois films, dont Gothic de Ken Russell) survient au troisième acte.

Tour à tour fades (le père, Claire la demi-sœur) ou caricaturaux (la méchante belle-mère, Lord Byron, John William Polidori), les personnages ne possèdent aucune profondeur, sinon celle qu’est censé leur conférer le dialogue explicatif.

De la même manière, la forte personnalité de Mary est dite et décrite alors que l’interprétation vibrante d’Elle Fanning suffisait.

Vue dans Super 8, Quelque part (Somewhere), Le démon de néon (The Neon Demon) et Les proies (The Beguiled), Fanning est une excellente comédienne trop souvent sous-estimée : le revers injuste de la beauté pour trop d’actrices dans un art trop souvent sexiste des deux côtés de l’écran.

Sachant cela, il eût été merveilleux que ce film-ci l’imposât définitivement : Mary Shelley, femme brillante qui ne craignit pas de tourner le dos aux conventions, constituait en effet un rôle idéal. Rendez-vous manqué.

Esthétisme didactique

Première réalisatrice d’Arabie saoudite dont les débuts, le film Wadjda, firent grand bruit en 2012, Haifaa al-Mansour effectue un retour pour le moins décevant.

À sa décharge, la cinéaste n’est pas responsable du scénario superficiel et mièvre d’Emma Jensen. Elle est en revanche imputable de ses choix de mise en scène. Laquelle privilégie, comme l’annonce la séquence d’ouverture déjà évoquée, une suite de tableaux d’époque d’un esthétisme didactique. Amorphe, l’ensemble est à l’image de la Créature avant que Frankenstein ne parvienne à ranimer ses chairs mortes.

Le plus gros problème du film réside cependant, comme on l’a mentionné d’office, dans ce qu’il s’intéresse principalement au volet romance. Or, si Elle Fanning convainc là aussi, on ne peut en dire autant de son partenaire. Insipide dans le rôle de Percy Shelley, Douglas Booth semble s’être échappé de la distribution de Twilight. On ne parvient jamais à croire à la fascination qu’il exerce, initialement, sur la jeune Mary.

Le corollaire positif de cela est que la voie reste libre pour un film plus inspiré sur sa vie.

Mary Shelley

★★

Drame biographique de Haifaa al-Mansour. Avec Elle Fanning, Douglas Booth, Bel Powley, Stephen Dillane. Irlande, Luxembourg, Grande-Bretagne, 2017, 121 minutes.