«Have a Nice Day»: en attendant la pluie

«Have a Nice Day» séduit d’emblée par son graphisme soigné, par sa minutie du détail et par son esthétique réaliste.
Photo: Rouge Distribution «Have a Nice Day» séduit d’emblée par son graphisme soigné, par sa minutie du détail et par son esthétique réaliste.

Décrit comme le Pulp Fiction de l’animation chinoise, prix du meilleur long métrage d’animation à Fantasia l’été dernier, Have a Nice Day, de Liu Jian (Piercing 1, jamais sorti au Québec), repose sur un brillant scénario tentaculaire et des dialogues d’un vif humour pince-sans-rire que l’on pourrait certes qualifier de tarantinesque. Et ce ne sont pas là ses seules qualités !

Afin d’envoyer sa petite amie en Corée pour qu’elle y subisse une seconde chirurgie esthétique et ainsi corriger les ravages causés par la première, Xiao Zhiang (voix de Zhu Changlong), petit employé de la construction, dérobe à un modeste malfrat, Uncle Liu (Yang Shiming), qui est aussi son patron, un sac contenant un million de yuans (soit l’équivalent d’un peu moins de 200 000 $). Aussitôt averti, Uncle Liu envoie son imperturbable homme de main, Skinny (Ma Xiaofeng), sur les traces du jeune homme.

Manque de pot, Xiao Zhiang se fait ensuite voler le précieux sac par un homme surnommé Yellow Eye (Cao Kou) en raison de ses lunettes infrarouges à rayons-X — une invention de son cru. Entre aussi en scène un jeune couple paumé, Gu Anan (Hong Zhu) et Wu Lidu (Da Wang), attiré par l’appât du gain, ce qui donnera lieu à une délirante séquence de karaoké sur fond de pop sucrée intitulée I Love Shangri-La.

Outre le récit solidement ficelé qui tiendra le spectateur captif, Have a Nice Day séduit d’emblée par son graphisme soigné, sa minutie du détail et son esthétique réaliste, lesquels ne sont pas sans rappeler ceux de Valse avec Bachir, d’Ari Folman. En quelques plans, Liu Jian dépeint les ravages causés par le surendettement, l’écart entre les classes sociales et le vieillissement croissant dans les quartiers défavorisés de la Chine, pourtant devenue ladeuxième puissance économique au monde. Ces tristes conséquences se traduisent dans les actes désespérés, voire inconscients, de ces gagne-petit et voyous sans envergure qui cherchent leur place au soleil alors que la pluie menace littéralement de s’abattre sur eux.

Alliant savamment critique sociale, codes du film noir et éléments de fantaisie, Have a Nice Day évoque à la fois le cinéma sobre et contemplatif de Jia Zhan-ke (Platform, Still Life) et celui, flamboyant et survolté, de John Woo (The Killer, Once a Thief). Le film étant de courte durée, il ne faudrait surtout pas en manquer une seule seconde. Ne vous sauvez donc pas dès que défilera le générique final et que se feront entendre les premières notes du ver d’oreille My 80s puisque Liu Jian réserve encore une autre surprise.

★★★★

Film d’animation de Liu Jan. Avec les voix (dans la version originale mandarine) de Zhu Changlong, Yang Shiming, Ma Xiaofeng, Cao Kou, Hong Zhu et Da Wang. Chine, 2017, 77 minutes.

Have a Nice Day

★★★★

Du 13 au 19 juillet à la Cinémathèque québécoise