«Réalisatrices contemporaines»: paroles de femmes

La réalisatrice espagnole Isabel Coixet
Photo: Guylaine Dionne et de Rosanna Maule La réalisatrice espagnole Isabel Coixet

Si certains croient encore que l’iniquité pour les femmes en cinéma n’est qu’une vue de l’esprit, sans doute seront-ils désarçonnés par les témoignages de dizaines de réalisatrices, toutes générations et nationalités confondues, qui fusent dans ce conventionnel, mais non moins percutant documentaire de la cinéaste Guylaine Dionne (Les fantômes des trois Madeleine, Serveuses demandées) et de Rosanna Maule, professeure agrégée d’Études cinématographiques à Concordia.

Présenté à l’occasion du cycle Femmes, femmes à la Cinémathèque québécoise, Réalisatrices contemporaines : L’état des choses témoigne avec force de la discrimination dont sont victimes, encore aujourd’hui, les réalisatrices à l’aide d’un nombre impressionnant de témoignages, d’extraits de conférences et d’entrevues, d’images d’archives et de photos de plateau. Certes, toutes s’entendent pour dire que la situation s’est améliorée et continue d’évoluer dans le bon sens. Hélas ! Cela semble se faire plus lentement que sûrement.

Ponctuellement, on rappelle quelques chiffres navrants pour réveiller les consciences et faire avancer les choses : une seule femme a gagné l’Oscar de la meilleure réalisation (Kathryn Bigelow en 2010 pour Démineurs) et deux femmes ont gagné une Palme d’or (Jane Campion en 1993 pour La leçon de piano, qu’elle a dû partager avec Chen Kaige , et Agnès Varda, lauréate d’une palme honorifique en 2015). À la dernière édition du Festival de Cannes, Cate Blanchett, présidente du jury, et 81 femmes du milieu du cinéma ont fait sensation lors de la marche des femmes pour rappeler que seulement 82 femmes s’étaient retrouvées en compétition en 71 ans d’histoire.

Chez nous, l’organisme Réalisatrices équitables lutte patiemment depuis 2007 pour atteindre l’équité pour les femmes dans le domaine de la réalisation. D’un commun accord, l’ONF, Téléfilm Canada et la SODEC ont mis sur pied des plans d’action pour atteindre la parité hommes-femmes d’ici 2020.

En attendant, elles font quoi, les réalisatrices ? Peu importe leur provenance, leur notoriété, leur âge, le mot d’ordre est de faire toujours plus que les hommes afin de prouver qu’elles méritent la place qu’elles réclament dans le merveilleux monde du cinéma. Et ce, tout en supportant le sexisme systémique et les médias qui font parfois davantage plus de cas de leur situation familiale que de leurs oeuvres…

En unissant toutes ces voix, dont celles de Micheline Lanctôt, d’Anaïs Barbeau-Lavalette et de Chloé Robichaud, Guylaine Dionne et Rosanna Maule n’ont peut-être pas signé un chef-d’oeuvre impérissable, mais elles ont certainement fait oeuvre utile. Alors que chacune de ces voix paraît se faire l’écho des autres, nul ne peut plus faire la sourde oreille devant l’état de la situation des réalisatrices d’ici et d’ailleurs. De l’anecdote révélatrice au souvenir douloureux, en passant par la revendication légitime et le simple constat, cette prise de parole au féminin pluriel ayant nécessité huit ans de recherches s’avère un vibrant plaidoyer en faveur de l’équité pour les femmes cinéastes.

Réalisatrices contemporaines : L'état des choses

★★★

Documentaire de Guylaine Dionne et de Rosanna Maule. Québec, 2018, 164 minutes.