«Plonger» et rester en surface

Raconté du point de vue de César, le film multiplie dans un premier temps les séquences impressionnistes évoquant un amour vaporeux.
Photo: AZ Films Raconté du point de vue de César, le film multiplie dans un premier temps les séquences impressionnistes évoquant un amour vaporeux.

César et Paz s’aiment follement. Lorsqu’ils se sont rencontrés, il était reporter de guerre, et elle photographe éprise d’aventures. Depuis, ils coulent des jours insouciants qu’ils passent à faire l’amour et à discuter. Mais voilà que l’usure du temps, bien vite, les rattrape. Tandis que César aspire désormais à la quiétude, Paz, elle, ressent plus que jamais l’appel du chaos. En apprenant qu’elle est enceinte, la jeune femme ne se met qu’à étouffer davantage. Une fois le petit Hector venu au monde, voici que Paz part sans laisser d’adresse. Et César de partir à sa recherche, en quête de réponses, de sens.

Adapté d’un roman de Christophe Ono-dit-Biot, lauréat du Grand Prix du roman de l’Académie française, Plonger fait parfois songer à ce qu’aurait donné le film L’homme qui voulait savoir si c’était Terrence Malick qui l’avait réalisé — le Terrence Malick « autoparodique » des dernières années, hélas. En effet, la mise en scène de Mélanie Laurent, cinéaste et actrice plus inspirée dans Respire, s’apparente parfois à un pastiche involontaire.

Drame désincarné

Raconté du point de vue de César, comme le roman qui était narré par lui, le film multiplie dans un premier temps les séquences impressionnistes évoquant un amour vaporeux. Entre balades à travers les champs couverts de brume matinale et échanges dans la baignoire autour d’un joint, une idée d’évanescence s’installe comme une fatalité.

Et, de fait, le désenchantement de Paz commence à prendre forme, se précise, s’explicite.

En théorie, l’approche est valable : user de superficialité visuelle, d’un côté ampoulé, pour suggérer d’une situation qu’elle est, en somme, trop belle pour être vraie. Or, le déballage psychologique subséquent demeure si résolument en surface, et ce, en dépit du titre, que ladite superficialité n’a aucun second degré sur lequel se rabattre pour justifier sa présence.

N’aide pas non plus le fait que la fuite de Paz ne survienne qu’après la marque du mitan. Cela fait beaucoup de scènes dialoguées redondantes (« incommunicabilité » dans le couple : on a compris) avant d’arriver au noeud de l’intrigue. Noeud que le film entreprend, dès lors, de dénouer, laborieusement.

En cela que prime un désir de préserver une part du mystère autour de Paz, personnage mû par une soif d’absolu au potentiel fascinant, mais ici jamais très incarnée. Comme joué par Maria Valverde et Gilles Lellouche, tout cela paraît bien intense et bien déchirant, mais justement, ça ne dépasse jamais le stade du « paraître ».

Si certaines images merveilleusement composées restent en mémoire, le souvenir du drame qui vient de se jouer, lui, se dissipe aussitôt le générique arrivé.

Comme la brume au lever du soleil.

Plonger

★★

Drame psychologique de Mélanie Laurent. Avec Gilles Lellouche, Maria Valverde, Ibrahim Ahmed, Marie Denarnaud. France, 2017, 102 minutes.