Sébastien Pilote, heureux à Karlovy Vary

Le réalisateur Sébastien Pilote avec deux des principaux acteurs, Karelle Tremblay, qui porte le film, et Pierre-Luc Brillant, lors du tournage de «La disparition des lucioles».
Photo: Les Films Séville Le réalisateur Sébastien Pilote avec deux des principaux acteurs, Karelle Tremblay, qui porte le film, et Pierre-Luc Brillant, lors du tournage de «La disparition des lucioles».

Il est heureux, Sébastien Pilote. Un peu fatigué, décalage horaire oblige, mais heureux, oui. Et pour cause : c’est aujourd’hui, samedi, qu’a lieu la première mondiale de son plus récent long métrage, La disparition des lucioles, au Festival international du film de Karlovy Vary, en République tchèque. Joint là-bas, il évoque une oeuvre différente des précédentes, quoique partageant certaines lignes de force avec celles-ci, forcément.

« J’avais le goût de proposer un film plus accessible, plus fulgurant, plus rapide… Je me suis posé moins de questions. Je voulais que ce soit un film généreux. »

Filmé dans la région du Saguenay, La disparition des lucioles compte à son générique Pierre-Luc Brillant, Luc Picard, François Papineau et Marie-France Marcotte.

Débuts d’une héroïne

C’est toutefois Karelle Tremblay qui porte le film. Elle incarne Léo, une jeune fille dont la mère a refait sa vie avec l’animateur de radio populiste responsable de l’exil de son père. Syndicaliste devenu persona non grata en ville, ce dernier est tenu responsable de la fermeture de l’usine qui employait la majeure partie de la population.

Cette toile de fond de morosité socio-économique en région est ce qui relie de façon plus évidente La disparition des lucioles aux magnifiques Le vendeur et Le démantèlement.

« Je reviens avec des préoccupations que j’ai déjà abordées, implicitement ou explicitement, c’est vrai », acquiesce le cinéaste.

Sujet grave, donc ? Certes. Sébastien Pilote n’en promet pas moins un film drôle.

« J’opère un changement de ton. Mes deux autres films étaient des chroniques dramatiques. Là, c’est clairement une comédie dramatique. Je désamorce… Plus d’humour, plus de légèreté. Depuis le commencement, je dis que je veux que ce soit un film qui fait l’effet d’une bonne chanson pop. Les enjeux restent sérieux : c’est la manière qui change. C’est un film qui est très musical. La musique originale de Philippe Brault évoque celle du cinéma américain des années 1950, mélangée avec des chansons qui passent de Félix Leclerc à Rush, de Michel Rivard à WD-40, Voivod… »

Hormis le ton, La disparition des lucioles se distingue en outre par le fait que pour la première fois, Sébastien Pilote a bâti son intrigue autour d’une héroïne, jeune par surcroît, après des protagonistes masculins sexagénaires.

« J’aimais que ce soit une jeune fille, une jeune femme. Et contrairement aux deux autres personnages en fin de parcours, elle est au début du sien. Ça me plaisait. L’idée du film est d’avoir cette héroïne prise entre deux figures paternelles opposées : cet animateur radio de droite et ce père syndicaliste désigné comme bouc émissaire pour les problèmes économiques locaux. Le premier est populaire et omniprésent, tandis que la présence du second se fait justement sentir à travers son absence. »

Le troisième homme

Un troisième homme entre dans l’existence de Léo : Steve, la quarantaine, « métaleux de sous-sol qui vit chez sa mère », dixit le cinéaste. Doué mais sans ambition, Steve donne des leçons de guitares à une Léo tentée par l’équivoque.

« Steve possède une grande naïveté et n’a aucun cynisme. C’est le grand thème du film, qui parle d’amour au sens très large, comme remède au cynisme. Léo ne voit que ça autour d’elle : du cynisme. Elle-même en est à développer un discours cynique, et ça l’épuise. Les gens qui ont expérimenté avec le cynisme vous le diront : ça bouffe de l’énergie. »

Un tournant ou un film de transition, La disparition des lucioles ? On a hâte de le découvrir. Au minimum, avec cette relecture de Maria Chapdeleine qu’il espère tourner bientôt, donc avec encore une jeune femme comme figure centrale, on peut dire que la carrière de Sébastien Pilote évolue de manière fort intéressante.

La disparition des lucioles prend l’affiche le 21 septembre.