«Femmes, femmes»: elles réalisent

Une scène du film «Loving Couples», de Mai Zetterling, où la maternité est le thème central. 
Photo: Sandrews Une scène du film «Loving Couples», de Mai Zetterling, où la maternité est le thème central. 

Deux mois, cent films et autant de réalisatrices : telle est la proposition du cycle Femmes, femmes de la Cinémathèque. Avec la présentation à pareille date l’an dernier du cycle 20X5, où seule Agnès Varda s’était faufilée parmi les « grands cinéastes » retenus, voici qu’on rectifie le tir de belle façon, en cela que la programmation offerte du 2 juillet au 26 août regorge de trésors dont plusieurs restent méconnus. Vrai que le cinéma fait femme n’a, historiquement, et injustement, jamais joui d’une attention comparable à celle accordée d’office aux filmographies mâles. Ceci expliquant en partie cela.

À cet égard, comme le soulignait la professeure Lori Saint-Martin dans la section Idées du Devoir, on peut regretter la case estivale retenue pour ce cycle précis. Quoi qu’il en soit, on souhaite un franc succès à l’initiative marrainée par l’ex-présidente de la SODEC Monique Simard, productrice émérite dans une autre vie, et par la cinéaste Sophie Deraspe, qui vient de terminer le tournage de sa relecture d’Antigone.

Photo: RKO Radio Pictures Une scène tirée du film «The Hitch-Hicker», réalisé par la cinéaste Ida Lupino

Parmi les morceaux choisis, on recommande The Hitch-Hiker (1953), d’Ida Lupino, premier film noir écrit et réalisé par une femme. Elle-même une icône du genre, Lupino y conte le calvaire de deux amis après qu’ils eurent laissé monter un psychopathe dans leur voiture.

Singulière Carol Kane

On voudra aussi apprécier sur grand écran l’émouvant Hester Street (1975), de Joan Micklin Silver, dans lequel Carol Kane incarne une immigrante juive qui, dans le New York de 1896, peine à s’intégrer, à l’inverse de son mari infidèle duquel elle devra ultimement s’émanciper. Une peinture d’époque méticuleuse, tournée en yiddish.

La même Carol Kane, actrice américaine dotée d’une présence singulière, tient également la vedette de l’insolite The Mafu Cage (1978), de Karen Arthur, avec aussi la formidable Lee Grant (dont on aurait volontiers pris l’une des réalisations). Elles incarnent deux sœurs guettées par la folie dans un hôtel décati, entre épouvante et bizarrerie.

Photo: F-M Entertainment Une scène de «Near Dark», réalisé par la cinéaste Kathryn Bigelow

Encore dans le registre horrifique fusionné, cette fois avec le western, le magnifique Near Dark (1987), de Kathryn Bigelow, toujours seule femme détentrice de l’Oscar de la meilleure réalisation, relate les pérégrinations noctambules d’un jeune cowboy après qu’il a été mordu par une belle inconnue diaphane.

Un autre genre d’inconnu se trouve au cœur du troublant Olivier, Olivier, d’Agnieszka Holland (1992), dans lequel Grégoire Colin joue un adolescent ramené dans une famille éprouvée quelques années plus tôt par sa disparition… pour peu qu’il soit réellement cet enfant prodigue. Brigitte Roüan, dans le rôle de la mère qui veut y croire, est poignante.

La maternité est centrale dans Loving Couples (1964), de Mai Zetterling, elle aussi actrice, un cas de figure récurrent pour les femmes désirant réaliser. On y découvre trois futures mères qui font le point dans une clinique de Stockholm, sur fond de Première Guerre mondiale. En filigrane : une exploration de la condition féminine en Suède.

Et Les années de plomb, de Margarethe von Trotta, Orlando, de Sally Potter, Chocolat, de Claire Denis, Red Road, d’Andrea Arnold, Golden Eighties de Chantal Akerman, sans oublier une importante présence québécoise (voir encadré)… Un véritable banquet cinéphile, d’une merveilleuse diversité.

Vraiment, il faut y aller.

Les Québécoises

Nombreuses sont les réalisatrices d’ici à figurer dans Femmes, femmes : Anne Claire Poirier (Mourir à tue-tête), Micheline Lanctôt (Deux actrices), Sophie Deraspe (Les signes vitaux), Mireille Dansereau (Le sourd dans la ville), Isabelle Hayeur (La bête de foire), Carole Laure (La capture), Léa Pool (À corps perdu), Guylaine Dionne (Les fantômes des trois Madeleine), Lawrence Côté-Collins (Écartée). On regrettera l’absence des Manon Briand, Anne Émond…

Éléphant : mémoire du cinéma québécois sera de la fête avec les versions restaurées de Marie s’en va-t-en ville, de Marquise Lepage, et du Dernier havre, de Denyse Benoit.

Quant à Tahani Rached, elle aura droit à une minirétrospective, avec Les voleurs de job, Visite d’Agostino Neto, Pour faire changement, La Phonie furieuse, Beyrouth « À défaut d’être mort », Haïti, Bam Pay A ! – Rends-moi mon pays !, et Haïti, Nous là ! Nou la !.

À signaler aussi : le programme L’aventure Vidéo Femmes.