«Oncle Drew» fait faux bonds

L'acteur Kyrie Irving incarne l'oncle Drew, une ancienne gloire du basket-ball que tous croient bon pour la chaise berçante.
Photo: Entract Films L'acteur Kyrie Irving incarne l'oncle Drew, une ancienne gloire du basket-ball que tous croient bon pour la chaise berçante.

Plusieurs films sont en soi des produits dérivés, certains plus nobles que d’autres, dont ceux inspirés de romans et de pièces de théâtre. Il arrive même parfois qu’un parc thématique de Walt Disney World fasse l’affaire (parlez-en à Johnny Depp et les multiples déclinaisons de Pirates des Caraïbes). Avec Oncle Drew (Uncle Drew), nous voilà maintenant devant le prolongement d’une série de publicités pour une célèbre boisson gazeuse (ne comptez pas sur moi pour la nommer) mettant en vedette un joueur de basket-ball dans la force de l’âge, mais transformé en vieil homme grâce à la magie des prothèses. Sur le terrain, il fait merveille ; dans les gradins, les spectateurs sont bouche bée.

À partir de cette prémisse qui aurait sûrement plu à Jerry Lewis ou Eddie Murphy, l’oncle en question reprend du service, téléguidé par Charles Stone III, un réalisateur qui n’a visiblement jamais fait partie des Harlem Globetrotters, car pour ce qui est du sens du spectacle, et du timing… Cet Oncle Drew, gonflé à l’hélium pour en faire un long métrage et ainsi appâter le public qui a transformé la publicité en phénomène viral, joue la carte de la transformation extrême. Il n’y aura d’ailleurs que les ardents amateurs de basket-ball pour reconnaître sans mal les héros sportifs qui se cachent derrière le maquillage, les bourrures et les perruques grisonnantes.

Les autres auront vite reconnu Lil Rel Howery, l’ami cabotin dans Get Out, qui en fait encore dans des tonnes dans le rôle d’un entraîneur infortuné, mais cette fois sans grande efficacité. En l’espace de quelques scènes, il perd son équipe, sa copine dépensière et la dernière part de son estime personnelle. Pour revenir en grâce, la solution est de former une équipe, mais dont la composition sera dictée par oncle Drew (Kyrie Irving), .

Dans une suite de séquences hautement télégraphiées sur le thème « Renouons avec les fiers équipiers d’autrefois », on assiste à l’assemblage d’une formation de vieux routiers qui, je vous le donne en mille, vont infliger une bonne raclée à une bande de conquérants prétentieux. Le temps de quelques matchs, parfois humiliants, parfois spectaculaires (les seules scènes affichant un relatif dynamisme), cet aréopage de grabataires jouissant d’une cure de jouvence au seul toucher du ballon rond va aussi recoller les morceaux moins glorieux de leur passé commun.

Ce n’est pas le premier film sportif à pratiquer l’art de la rédemption tous azimuts, mais Oncle Drew l’exécute dans un style brouillon et paresseux, un humour potache, des dialogues d’une pauvreté comique navrante et des « acteurs » ayant visiblement pris plaisir à tourner ce film, du moins à en juger par le générique final. Un enthousiasme jamais communicatif que les amateurs de basket-ball assimileront vite à un refus quasi systématique de passer le ballon.

Oncle Drew (V.F. de Uncle Drew)

★★

Comédie sportive de Charles Stone III. Avec Lil Rel Howery, Kyrie Irving, Chris Webber, Shaquille O’Neal. États-Unis, 2018, 104 minutes.