«Sicario. Le jour du soldat»: aux frontières de la violence

Le scénariste Taylor Sheridan centre l’action du film sur le tandem que forment l’imposant Josh Brolin et l’impeccable Benicio Del Toro (sur la photo).
Photo: Sony Pictures Le scénariste Taylor Sheridan centre l’action du film sur le tandem que forment l’imposant Josh Brolin et l’impeccable Benicio Del Toro (sur la photo).

Retenus sur les plateaux de L’arrivée et de Blade Runner 2049, Denis Villeneuve et Roger Deakins ont dû céder leur place à Stefano Sollima (les séries Gomorrah et Suburra), à la mise en scène, et à Dariusz Volski (fidèle allié de Tim Burton), à la photo, pour les besoins du deuxième volet de Sicario. Sans surpasser leurs prédécesseurs, tous deux s’acquittent honorablement de leurs tâches.

Décédé prématurément au printemps dernier, le compositeur islandais Jóhann Jóhannsson a pour sa part été remplacé par sa compatriote Hildur Guðnadóttir, qui n’a pas à rougir de sa contribution. On remerciera cependant la production d’avoir repris The Beast, pénétrante pièce d’inspiration industrielle du défunt musicien composée pour le volet de 2015, lors de la conclusion de Sicario. Le jour du soldat où l’on met peu subtilement la table pour un troisième opus.

De cette façon, on facilite le deuil du film original et la transition vers différents horizons. Car, en rangeant au placard le personnage d’Emily Blunt, héroïne centrale de Sicario, et en centrant l’action sur le tandem de choc que forment l’imposant Josh Brolin et l’impeccable Benicio Del Toro, il semble que le scénariste Taylor Sheridan ait voulu à tout prix rompre avec la première installation et mener la franchise dans une tout autre direction.

On regrettera que, ce faisant, Sheridan n’ait pu créer de personnage féminin assez fort pour remplacer celui de Blunt. En supérieure immédiate de Brolin et en fille de chef de cartel, Catherine Keener et Isabela Moner ont si peu à se mettre sous la dent qu’elles doivent se contenter de jouer les faire-valoir de ces messieurs.

Dans sa volonté de coller à l’actualité, Taylor Sheridan a concocté un scénario où il offre une vision amorale et ultraviolente d’une Amérique prête à tout pour écraser ses ennemis. Une Amérique où une vie mexicaine ne vaut pas grand-chose. À travers le discours belliqueux du secrétaire de la Défense (Matthew Modine), on croirait entendre les propos haineux de l’actuel président des États-Unis, qui ne sait répondre à violence que par la violence.

Violence omniprésente

Trafic humain, trafic d’armes, terrorisme, voilà les sujets qu’aborde de plein fouet Sheridan, qui fait parfois fi de toute vraisemblance dans ce récit sans pitié où, afin de provoquer une guerre entre les cartels mexicains, l’agent de la CIA Graver (Brolin) et le tueur à gages Alejandro (Del Toro, impeccable) kidnappent Isabel Reyes (Moner), fille du chef de cartel ayant commandité le meurtre de la famille d’Alejandro. En parallèle, on suivra discrètement l’évolution du jeune malfrat Miguel Hernandez (Elijah Rodriguez), dont la rencontre avec Alejandro sera plus que déterminante.

Moins atmosphérique et envoûtant que le Sicario de Villeneuve, ce deuxième volet signé Stefano Sollima s’avère de bonne tenue. Certains passages y sont d’une horreur insoutenable, telle cette scène d’un attentat terroriste dans un supermarché, et nous ramènent cruellement à la mémoire des événements récents et fréquents. Les scènes d’action, de fusillades et de poursuites, dont une en hélicoptère, ne manquent certes pas de panache, mais fallait-il aller si loin dans l’illustration de la violence ?

Sicario. Le jour du soldat (V.F. de Sicario — Day of the Soldado)

★★★

Drame policier de Stefano Sollima. Avec Josh Brolin, Benicio Del Toro, Isabela Moner, Matthew Modine, Catherine Keener et Elijah Rodriguez. États-Unis, 2018, 122 minutes.