«Le retour du héros»: à usurpateur, usurpatrice et demie

Jean Dujardin incarne un rôle taillé sur mesure, celui d’un capitaine ayant déserté l’armée et qui séduit son auditoire en lui servant des récits rocambolesques.
Photo: TVA Films Jean Dujardin incarne un rôle taillé sur mesure, celui d’un capitaine ayant déserté l’armée et qui séduit son auditoire en lui servant des récits rocambolesques.

Des sept films que Laurent Tirard a réalisés, cinq nous transportent à une autre époque : Molière ; Le petit Nicolas ; Astérix et Obélix. Au service de Sa Majesté ; Les vacances du petit Nicolas ; et son dernier, Le retour au héros, campé à l’ère napoléonienne. Le réalisateur fait remarquer toutefois qu’il n’a pas la prétention de faire des films d’époque, mais bien des films en costumes.

« Il y a deux façons d’aborder le costume ; la reconstitution d’époque et la façon dont je l’aborde, c’est-à-dire, le déguisement. On parle d’un sujet donné qu’on va déguiser, transposer dans une autre époque. Le costume apporte un côté ludique ; il permet beaucoup plus de liberté parce que dès qu’on met des personnages en costumes, on voyage dans un autre univers. C’est comme si l’on disait “il était une fois” et que l’on se retrouvait dans un conte. Et donc, tout est permis », explique Laurent Tirard, joint par téléphone.

Photo: TVA Films Le cinéaste Laurent Tirard (à gauche avec le chapeau) lors du tournage de son film «Le retour du héros»

Pour Le retour du héros, où il retrouve Jean Dujardin, qu’il avait dirigé dans Un homme à la hauteur, le cinéaste a jeté son dévolu sur le XIXe siècle. Celui qu’il appelle « le Belmondo des années 2000 » y incarne un rôle taillé sur mesure, celui d’un capitaine ayant déserté l’armée et qui séduit son auditoire en lui servant des récits rocambolesques.

« Le XIXe siècle me plaisait beaucoup visuellement et correspondait bien à l’histoire que j’avais envie de raconter à la fois pour le côté romantique et par rapport à ce personnage de héros. En France, c’est une époque de conquêtes, de découvertes », rappelle Laurent Tirard.

Une créatrice, sa créature

Derrière le fantasque capitaine Neuville, qui devait épouser sa sœur cadette, Pauline (Noémie Merlant), au retour de la guerre, se cache Élisabeth (Mélanie Laurent). Le premier n’ayant pas tenu sa promesse d’écrire à sa fiancée, c’est Élisabeth qui a entretenu une correspondance avec Pauline. Or, afin que la jeune femme ne finisse pas vieille fille, elle lui a fait croire que celui-ci était mort en héros. Tels Martin Guerre ou le colonel Chabert, Neuville revient à la maison… au grand dam d’Élisabeth et à la grande surprise de Pauline, mariée et mère de deux enfants.

Le XIXe siècle me plaisait beaucoup visuellement et correspondait bien à l’histoire que j’avais envie de raconter à la fois pour le côté romantique et par rapport à ce personnage de héros. En France, c’est une époque de conquêtes, de découvertes.

« L’une de mes premières inspirations, c’est Jane Austen, notamment le roman Orgueil et préjugés. Je suis passionné par cet univers anglais avec ses personnages féminins très forts. Il y a aussi les sœurs Brontë et leurs personnages féminins à l’énergie débordante. Dans le film, il y a un côté Frankenstein ; le monstre devient plus gros qu’elle et la menace. Quelque part, Le retour du héros est sans doute le plus proche de mon premier film, Mensonges et trahisons et plus si affinités, qui parlait déjà de ce rapport entre créateur et créature, comment le premier était complètement dépassé par son personnage. »

S’identifiant au personnage qu’incarne Mélanie Laurent, « qui a un rythme de comédie », le réalisateur dévoile au passage sa fascination pour le mensonge : « La frontière entre l’imagination et le mensonge n’est jamais très, très loin. En tant que scénariste, je ne me suis jamais senti dépassé par mes personnages, mais ça me rappelle des situations liées à l’enfance où je pouvais avoir une imagination débordante. Il pouvait m’arriver de raconter des bobards et de me retrouver enfermé dans des trucs dont je ne savais plus comment me sortir. »

Hier et aujourd’hui

Outre la littérature anglaise, ce sont les films d’action de Philippe de Broca (L’homme de Rio, Le magnifique) et les westerns (La prisonnière du désert, Mon nom est personne) qui ont inspiré Laurent Tirard : « C’est un western déguisé, le plus proche de ce que j’ai fait d’un western. J’ai d’ailleurs très hâte de voir le western de Jacques Audiard, Les frères Sisters, en septembre. C’est un genre qu’on ne voit plus, mais avec lequel j’ai très envie de jouer. »

Si le réalisateur propulse le spectateur au XIXe siècle, cela ne l’empêche pas d’aborder des thèmes toujours d’actualité, tels la parité, l’équité et la condition féminine. « En écrivant, je me suis rendu compte à quel point le film parlait d’aujourd’hui. À la fois par rapport à la place de la femme dans la société, mais aussi de l’image de soi qui tient une place énorme dans notre société avec Internet, Instagram, où on se fabrique une vie fantasmée. On peut tous devenir un imposteur, y compris vis-à-vis de soi-même. »

Lors d’une scène où, grisé par le succès de ses exploits fictifs auprès de la bonne société, le personnage de Dujardin, qui a participé à l’écriture du scénario, s’écrie « Vive l’Empire ! Vive la France ! », il y a même l’image de l’actuel président de la République qui s’impose.

« On a tourné cette scène une semaine après l’élection d’Emmanuel Macron, donc elle est arrivée naturellement. Lorsque Neuville se met à escroquer tout le monde, j’ai évidemment pensé à Bernard Madoff. »

Alors que Laurent Tirard rêve de tourner un western, Jean Dujardin aimerait bien se retrouver dans un film de cape et d’épée. « Le bon mélange entre les deux, ce serait de faire Zorro ! » s’exclame le réalisateur, qui planche sur une comédie costumée où un personnage d’aujourd’hui est transporté dans la Renaissance italienne.

Le retour du héros

À l’affiche le 6 juillet